Carrefour de l’Air 2017 : du patrimoine aéronautique au meeting aérien

Il faut bien une mémoire collective pour faire vivre ou revivre ce passé glorieux garant de l’avenir. L’aviation française est de ce point de vue un creuset unique au monde. Tout n’est que superlatif dans notre pays : records, inventions, innovation dans l’aéronautique, le spatial, l’aérospatial. Comment transmettre cette mémoire, mieux, préserver ce patrimoine humain, industriel, immobilier, mémoriel ? Ce fut le « plan de vol » de ce Carrefour de l’Air 2017, qui s’est tenu du 31 mars au 2 avril au Musée de l’Air et de l’Espace du Bourget.

Trois jours chrono pour apprendre et découvrir, puis rêver le nez dans le ciel avec un meeting aérien.

Premier acte, les conférences du vendredi avaient pour thème « Muséographie et scénographie des collections aéronautiques » , ou comment présenter le patrimoine au public.

Second acte, rencontrer dans le hall Concorde, le bien nommé, l’ensemble des acteurs de la préservation du patrimoine aéronautique. Au total, 31 stands didactiques, autant d’espaces richement documentés sur tous les sujets relatifs à cette mission de transmission de la mémoire et du patrimoine. Parmi les exposants, citons la DGAC Mission Mémoire de l’Aviation Civile, qui présentait deux écrans chargés de films d’époque magnifiquement commentés. Pour la DGAC, il s’agissait d’expliquer sa mission de transmission, de promotion, d’encouragement et même de soutien par le livre : archives mémorisées, CD pédagogiques commémorant les débuts de l’aviation, présence de l’association AeroDoc faisant revivre les riches heures du radar à travers les âges…

Les exposants ont ainsi pu présenter au public et aux confrères le fruit de leur recherche et de leurs réalisations concrètes. Une mention pour Port Aviation, le premier aéroport organisé au monde. Situé à Viry-Châtillon en région parisienne, le bâtiment central est toujours debout… certes en mauvais état. Une commission étudie sa réhabilitation.

Ou bien, toujours en région parisienne, l’hydrobase de Paris qui a failli être inaugurée à Trappes Bois d’Arcy (actuelle Yvelines) mais qui, faute d’alimentation en eau (un comble), n’a jamais vu le jour ! On lui préféra un projet pharaonique dans l’Essonne à Courcouronnes qui, au milieu des années 1940, sera aussi abandonné.

Une série de stands étaient consacrés aux femmes pilotes ou au simulateur. Plus original, une association consacrée à la recherche des phares aéronautiques, les ancêtres de nos balises actuelles.

J’avoue, j’ai rêvé d’embarquer à bord d’un « LATE 631 » , hydravion mythique à 6 moteurs – le plus gros appareil en service en 1947 – exploité par Air France. Imaginez 44 fauteuils couchettes situés dans 14 cabines de 2 places et 4 cabines de 4 places ! Lavabos individuels, couchettes avec draps et oreillers, bar cuisine avec une gazinière alimentée au butane. Pas de problème pour les déchets…ils étaient jetés par-dessus bord… A lire, L’exploitation commerciale des Latécoére 631 par Pascal Parfaite – édité par la DGAC. Ou encore, rencontrer les fanatiques des mémoires hydraviation. Voila l’ambiance garantie authentique de ce Carrefour de l’Air.

Enfin le dernier acte ! Les démonstrations en vol, magnifiques et sous un soleil radieux. Au programme, sans ordre particulier :

France Flying Warbirds : P51 Mustang – P40 Warhawk – Yakovlev Yak 11 – North American T6
France DC3 : Douglas DC3 « Air France »
AJBS : North American T6
MEAC Montélimar (Alain Bes) : North American OV 10 Bronco
Nicolas Ivanoff : Extra 330 LX
Vincent Trelut (St Cyr l’Ecole) : Piper L-4 Grasshopper
Bertrand Dommartin : Nord Aviation N3202 (déco Biancotto)
Nicole et Gérard Cauberghs : De Havilland Chipmunk
Frédéric Baran : FI 156 Storch
Catherine Maunoury, actuelle Présidente de l’Aéroclub de France: Extra 300

En conclusion, cette 7e édition était certes sans grande nouveauté mais elle a le mérite de concentrer les initiés. Peut-être regrettera-t-on une promotion qui met l’emphase sur le meeting aérien et pas assez sur l’exposition qui au final ressemble à un club  fermé d’enthousiastes du patrimoine. D’après les habitués, il y aurait eu moins de stands que d’habitude cette année et une fréquentation plus faible. Mais soyons positifs, on peut parier sur un intérêt nouveau du public pour se plonger dans un patrimoine franchement étonnant,  vivant, et, souhaitons-le, annonciateur de notre futur. 

Après la parution de cet article, Catherine Maunoury, présidente de l’Aéro-Club de France, a donné quelques indications sur cette septième édition. Selon elle, la fréquentation générale était « au moins le double et probablement même le triple par rapport à l’année dernière » , grâce au meeting aérien. En revanche, il semblerait qu’il y avait un peu moins de monde chez les exposants dont certains ne voudraient venir que tous les 2 ans.

Pour aller plus loin :


Photos © Philippe Jacut