Malaysia Airlines : un Boeing 777-200ER abattu en plein vol. La sécurité des routes aériennes en question

Sur le lieu du crash du vol MH17 - Auteur inconnu. Origine Twitter

Sur le lieu du crash du vol MH17 – Auteur inconnu. Origine Twitter

Le sort s’acharne sur Malaysia Airlines, confrontée à une seconde tragédie quatre mois après la disparition du vol MH370 : hier 17 Juillet, le vol MH17 Amsterdam – Kuala Lumpur, effectué en partage de code avec KLM, a été abattu en plein vol au dessus de l’Ukraine, à l’Est de son territoire, à 60 kilomètres de la frontière Russe, par un missile sol-air à la provenance encore indéterminée. L’appareil, un Boeing 777-200ER, transportait 283 passagers et 15 membres d’équipage. Il n’y a aucun survivant.

Lorsque l’émotion suscitée par le drame se sera estompée et que sera connue avec certitude l’origine du tir du missile, une question subsistera : comment un avion de ligne transportant presque 300 passagers a pu être autorisé à survoler une zone de conflit ?

 

De nombreuses questions restent encore en suspend dans la tragédie du vol MH17 mais un certain nombre d’éléments laissent peu de place aux doutes : sujet à vérification, le plan de vol du Boeing 777 de Malaysia Airlines a été approuvé par Eurocontrol, l’organisme Européen chargé du contrôle aérien.

La route suivie était conforme aux préconisations des différentes instances internationales en charge de l’aviation civile.

« Cette route [du vol MH17] avait été fermée par les autorités Ukrainienne du sol jusqu’au niveau 320 mais était ouverte au niveau auquel l’avion volait« , a confirmé hier Eurocontrol dans un communiqué.

L’AESA, l’Agence Européenne pour la Sécurité Aérienne, n’avait pas jugé bon de soumettre la zone du drame à un embargo aérien, contrairement à la Crimée dont le survol est interdit depuis Avril 2014.

Sur ce sujet, lire : Après la recommandation de l’EASA, les compagnies aériennes évitent le survol de la Crimée (06/04/2014)

Pourtant, la zone est sujette à de nombreuses tensions entre les forces armées Ukrainiennes et les rebelles pro-Russes. Ces derniers ont revendiqué cette semaine la paternité de tirs ayant abattu deux appareils militaires Ukrainiens.

Quelques heures avant l’accident, les autorités Russes ont pris de leur propre initiative la décision de fermer quatre routes aériennes à proximité de la frontière Russo-Ukrainienne, dont une dans le prolongement de celle suivie par le vol MH17, selon le le New York Times (document 1).

 

Document 1 : Le vol MH17 suivait la route aérienne L980. Préalablement au crash, la Russie avait fermé dans son espace aérien quatre routes situées à proximité du lieu du drame.

Document 1 : Le vol MH17 suivait la route aérienne L980. Préalablement au crash, la Russie avait fermé dans son espace aérien quatre routes situées à proximité du lieu du drame.

Le simple bon sens, ou le respect élémentaire du principe de précaution, eut commandé que soit fermé en totalité l’espace aérien à l’Est de l’Ukraine, et notamment la FIR (Flight Information Region) de Dnipropetrovsk que traverse la route aérienne L980 suivie par le vol MH17, surtout quand des rapports des services de renseignements Occidentaux attestent de la présence sur zone de batterie SAM (Surface to Air Missiles) Russes BUK capables d’atteindre des cibles jusqu’à 80.000 pieds d’altitude, et donc des avions civils.

N’y-a-t-il pas eu défaillance des autorités Européennes et internationale de l’aviation civile ?

En tout cas, la compagnie Malaysia Airlines, ou plus exactement son principal actionnaire, l’Etat Malaysien, se défausse de toute responsabilité.

« La route aérienne du vol MH17 était déclarée sure par l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale [OACI].

Et l’Association Internationale du Transport  Aérien (IATA) a indiqué que l’espace aérien que traversait l’avion ne faisait pas l’objet de restrictions, »

indiquait ce matin le Premier Ministre de Malaisie, Najib Razak, dans un communiqué.

Pour autant, Malaysia Airlines, déjà bien mal en point après la disparition du vol MH370, échappera-t-elle à de nouvelles critiques ?

Certaines de ces consoeurs, comme Air France, British Airways ou Lufthansa, évitaient soigneusement l’Ukraine pour leurs vols à destination de l’Asie de Sud-Est, révèle encore le New York Times qui a étudié leurs plans de vols de cette semaine à partir de Flightradar (document 2)

 

MH17 : Plans de vols d'autres transporteurs que Malaysia Airlines entre l'Europe et l'Asie du Sud-Est, selon Flightradar et le New York Times

MH17 : Plans de vols d’autres transporteurs que Malaysia Airlines entre l’Europe et l’Asie du Sud-Est, selon Flightradar et le New York Times

La FIR de Dnipropetrovsk est maintenant fermée à la circulation aérienne. « Tous les plans de vols qui utilisent ces routes sont à présent rejetées par Eurocontrol. Ces routes demeurent fermées jusqu’à nouvel ordre« , indiquait dès hier Eurocontrol.

Au delà d’une polémique qui ne manquera pas de surgir, le crash du vol MH17 interroge sur les pratiques de l’industrie du transport aérien.

Certes, tout détour entraîne un allongement des temps de vol, une sur-consommation de carburant, un coût pour les transporteurs.

Mais lorsque des vies humaines sont en jeu, maintenir la possibilité de survoler des zones à risque comme l’Ukraine constitue un acte aussi criminel que celui d’engager le tir sur un avion civil.

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© 2014 Jerome Renaud – Air Info – Tous droits réservés

2 commentaires sur “Malaysia Airlines : un Boeing 777-200ER abattu en plein vol. La sécurité des routes aériennes en question

  1. L’ukraine est une région en guerre, plusieurs satellites sont sur site pour surveiller ce qui se passe dans cette région du globe … Donc on sait si un missile et parti et d’ou et probablement qui !!

    • Oui, certainement.

      Et ces mêmes satellites sont capables de détecter la présence de batteries SAM.

      Il y a négligence à ne pas avoir fermé en totalité l’espace aérien de l’Est Ukrainien à la navigation aérienne civile.

      Cette négligence s’avère coupable au point d’être criminelle, selon nous.

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