Disparition du vol MH370 : ce qui va changer dans le transport aérien

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Prenant de cours tous ceux qui travaillent à la sécurité du transport aérien, la disparition inexpliquée du vol MH370 de Malaysia Airlines ne restera pas sans réponse : c’est ce que promettent les compagnies aériennes.

 

Un meilleur suivi en vol des avions et des contrôles renforcés pour les passagers : voilà ce qui se préfigure pour l’après MH370, à en croire les compagnies aériennes réunies ce 1er Avril 2014 sous l’égide de l’International Air Transport Association (IATA) à Kuala Lumpur.

Deux défis attendent les transporteurs, qui ne veulent plus qu’un tel drame se reproduise :

« Dans un monde où chacun de nos gestes semble être suivi, il est tout aussi inimaginable qu’un aéronef puisse simplement disparaître et que les enregistreurs de vol soient si difficiles à récupérer. L’accident du vol AF447 avait déjà mis en lumière des problèmes similaires il y a quelques années et certains progrès ont été réalisés. Mais nous devons accélérer le mouvement. Nous ne pouvons pas laisser un autre aéronef disparaître « ,

a indiqué le Président de l’IATA, Tony Tyler.

 

L’enjeu du suivi des avions en vol et de la récupération des boites noires

Dans l’industrie aéronautique, beaucoup en appellent à ce que les boites noires contenant les paramètres de vol ainsi que l’enregistrement des conversations des pilotes soient remplacées par une transmission en continue (streaming) vers des bases au sol, grâce à des moyens satellitaires qui permettraient en outre de garder le contact en permanence avec les avions.

Mais la masse de données à transmettre pour 29 millions de vols annuels (soit presque 100.000 par jour) nécessiterait la mise en place de bandes passantes via satellite extrêmement larges pour collecter l’ensemble des données de vols de chaque appareil.

Cette solution « idéale » en apparence constituerait une manne financière pour les sociétés spécialisées dans ses technologies, mais les transporteurs voient les choses différemment : c’est eux qui devraient en assumer la charge au moment où leurs marges subissent une pression toujours plus forte en raison d’une concurrence accrue et de dépenses en augmentation (carburant, taxes).

Au surplus, pour les compagnies aériennes, le coût de cette mesure est d’autant plus prohibitif que rares sont les accidents : l’occurrence n’est que d’un pour 2,4 millions de vols en 2013. Ce taux est en amélioration constante sur les dernières années.

De son côté, le Président d’Airbus, Fabrice Brégier, plaide pour l’installation de nouvelles « boites noires » éjectables en cas d’accident, comme c’est déjà le cas sur les avions de chasse.

> Lire : Disparition du vol MH370 : Airbus plaide pour de nouvelles boites noires (21/03/2014)

Mais cette solution reste contraignante et nécessiterait une modification également coûteuse des appareils en service ou en développement, qui n’ont pas été prévus pour recevoir ce système.

Elle n’offre en outre aucune réponse à la problématique de la localisation en temps réel des appareils, lorsque ceux-ci échappent à la surveillance des radars civils.

Du coup, le Président de l’IATA en appelle à la prudence et à la mise en place de solutions réfléchies :

Dans notre volonté de changer les choses, nous devons également veiller à ce que des décisions prudentes s’inscrivent dans des normes mondiales. Le temps n’est pas aux argumentaires de vente préparés à la hâte ou à des solutions régionales.

 

déclare Tony Tyler, précisant que l’IATA examinera la question en concertation avec les autorités gouvernementales représentées au sein de l’OACI.

Des propositions sont attendues pour Décembre 2014.

Elles devront répondre aux problématique de la mise en oeuvre, du temps imparti, des investissements à réaliser, et de la complexité pour atteindre la couverture voulue.

 
 

Quatre passagers internationaux sur dix ne font l’objet d’aucun contrôle

Avec la découverte a posteriori de deux Iraniens ayant réussi à embarquer sur le vol MH370 avec des passeports volés, ce sont également les contrôles des passagers qui devraient s’intensifier, ou tout au moins être réformés.

Même si tout lien avec une entreprise terroriste semble aujourd’hui exclu, l’affaire du Boeing 777 de Malaysia Airlines a révélé, plus de 12 ans après les attentats du 11 Septembre 2001, de graves déficiences dans le contrôle des passagers, allant jusqu’à compromettre la sécurité des vols.

Le fait n’est pas nouveau : dès Novembre 2013, Interpol sonnait le signal d’alarme :

l’insuffisance des contrôles effectués sur les passagers internationaux est une « faille majeure » des dispositifs de sécurité au niveau mondial.

 

Selon Interpol, quatre passagers internationaux sur dix ne font pas l’objet de vérifications dans sa base de données sur les documents de voyage volés et perdus (SLTD).

Le sujet devient crucial avec l’augmentation attendue du transport aérien mondial, qui devrait atteindre pratiquement 2 milliards de passagers d’ici à 2025.

« Si les passagers ne peuvent comprendre en quoi une bouteille d’eau peut constituer une menace pour la sûreté, ils savent pourquoi ils ne souhaitent pas voyager aux côtés d’un terroriste ou d’un malfaiteur transnational monté à bord à l’aide d’un passeport volé n’ayant fait l’objet d’aucune vérification »,

indique le secrétaire général d’Interpol, Ronald K. Noble.

Aujourd’hui, la vérification de l’identité des passagers repose principalement sur les contrôles effectués dans les aéroports, avec toutes les failles que ce système implique comme en témoigne l’affaire du vol MH370.

L’idée d’Interpol et de son système I-Checkit consiste donc à déplacer la charge du contrôle « en amont des aéroports« , c’est à dire sur les compagnies aériennes, dès la réservation du billet d’avion.

Dans ce système, les transporteurs vérifient eux-même sur la base de données d’Interpol l’identité des passagers avant d’émettre le billet. Il est alors impossible d’effectuer une réservation avec un passeport déclaré perdu ou volé.

Les compagnies aériennes en acceptent l’idée, et transmettent déjà des informations sur les passagers aux autorités de certains pays (comme les Etats-Unis) préalablement au vol.

Mais le système est loin d’être unifié à l’échelle de la planète. Pire, sa généralisation pourrait aboutir à une complexification des opérations pour les transporteurs.

Du coup, l’IATA rappelle aux gouvernements leur mission régalienne et pose des conditions à l’extension de ce système.

Il est important de se rappeler que les compagnies aériennes ne sont pas des gardes-frontières ou des policiers. Le contrôle des passeports est de la responsabilité bien établie des gouvernements.(…)

Les gouvernements doivent revoir leurs procédés permettant de vérifier et d’utiliser ces données, tels que le vol et la perte des passeports figurant dans la base de données passeport d’Interpol. Cette information est essentielle et doit être utilisée de manière efficace, « 

 

Le Président de l’IATA demande donc 3 mesures :

  1. Harmoniser la collecte des données sur les passagers par les compagnies aériennes selon les standards de l’OACI et éliminer toutes les autres qui ne sont pas conformes.
  2. Éliminer l’utilisation de formulaires en papier pour la collecte de données sur les passagers et le fret;
  3. Créer un système unique et harmonisé pour que les compagnies aériennes fournissent les données électroniques aux gouvernements.

 

L’ampleur de la tâche est immense.

Pendant ce temps, les bouteilles d’eaux demeurent interdites aux contrôles de sécurité, n’en déplaise à Interpol.

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> Lire notre dossier : vol MH370

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Sources : IATA / Interpol

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