Deux défis pour l’aviation commerciale : l’envol des low-cost et l’émergence de nouveaux constructeurs

La dernière étude annuelle du cabinet AlixPartners identifie deux défis pour l’industrie de l’aviation commerciale: en Europe, l’envol des compagnies aériennes low-cost oblige leurs concurrentes traditionnelles à poursuivre leur restructuration tandis que le monde des avionneurs devient plus concurrentiel avec l’émergence de nouveaux constructeurs.

Selon le cabinet international de conseil, les compagnies aériennes européennes historiques doivent poursuivre leurs efforts de restructuration « si elles veulent survivre à la concurrence des compagnies low-cost et à celle des compagnies du Golfe, même si ces dernières connaissent des difficultés » .

L’étude note que les produits et services des compagnies traditionnelles et low-cost ont tendance à converger dans un environnement tarifaire compétitif, mais les différences structurelles majeures de leurs business models continuent à creuser les écarts de performance.

Certaines compagnies aériennes utilisent par exemple mieux leurs ressources : les recherches menées par le cabinet ont révélé un écart de 30% entre les transporteurs low-cost et les acteurs traditionnels dans l’utilisation quotidienne des appareils monocouloirs : 6,9 heures de vol par jour contre 9,0 heures de vol/jour.

En outre, la rentabilité des transporteurs low-cost leur permet d’investir dans leur flotte et d’exploiter des avions deux fois plus jeunes (5,7 ans contre 11,9 ans), ce qui offre des avantages en termes de consommation de carburant et de coûts de maintenance.

Alain Guillot, directeur Général d’AlixPartners, souligne que « la rentabilité des compagnies aériennes a légèrement augmenté en 2016 mais connaîtra une baisse en 2017. Les opérateurs européens traditionnels en particulier devront rapidement retravailler leur business model pour égaler le succès de leurs concurrents low cost. Nous nous attendons à d’importantes réorganisations dans les années à venir » .

Le cabinet note également que les compagnies aériennes du Moyen-Orient sont « sous pression » après avoir connu une croissance externe et organique « agressive » . Cette situation reflète l’ampleur de la tâche et l’intensité de la concurrence sur ce marché.

Un marché saturé pour les nouveaux acteurs sur le segment de l’aviation commerciale

L’émergence de nouveaux acteurs aéronautique est-il susceptible de menacer le duopole Airbus / Boeing ? L’étude d’AlixPartners constate que le marché des monocouloirs, aujourd’hui dominé par les Boeing 737 MAX et Airbus A320neo, est « de plus en plus encombré » avec l’arrivée d’une « multitude de nouveaux concurrents » . En plus du Bombardier C Series déjà entré en service, le cabinet cite les premiers vols des Irkut MC-21 et COMAC C919 le mois dernier. L’impact n’est pas négligeable. Selon l’étude, les nouveaux acteurs captent désormais 8% des carnets de commandes.

Pour autant, AlixPartners conclut que le duopole Airbus / Boeing ne semble pas menacé « dans l’immédiat » par ces nouveaux concurrents russes et chinois. Il faudra certainement attendre la prochaine génération d‘appareils pour que cela soit le cas. En revanche, le cabinet estime que le « très performant Bombardier C Series » pourrait remettre en cause le statu quo. Reste à savoir si Bombardier peut surmonter ses difficultés financières et renforcer son carnet de commandes pour assurer son ancrage sur le marché. À cet égard, le cabinet relève qu’une alliance entre la Chine et Bombardier sur le C Series représenterait « une sérieuse menace » à la fois pour Boeing et Airbus.

Un secteur en bonne santé

Globalement, l’étude souligne la bonne santé globale du secteur, portée par les performances des segments de la Défense et de l’aviation commerciale.

Les fondamentaux de l’industrie restent sains, enregistrant une hausse des revenus de 3,8% en 2016 par rapport à l’année dernière ainsi qu’une confortable marge de 8,8%. Cependant, les bénéfices de la filière ont baissé de 1% par rapport à 2015, principalement en raison de difficultés rencontrées par les constructeurs aéronautiques et certains fournisseurs des segments cabines et moteurs.

Les facteurs macro-économiques (croissance du PIB, prix du pétrole, prix des matières premières, taux d’intérêt) restent porteurs pour cette industrie, bien que moins favorables qu’en 2015.

Les carnets de commandes se situent toujours à des niveaux record : au-delà des 13 000 avions. Les avionneurs mettent dorénavant l’accent sur les augmentations de cadence, qui ont d’ailleurs rencontré des difficultés en 2016. Les commandes ont baissé en 2016, une « conséquence naturelle » du niveau record des carnets de commandes.

L’activité de fusions-acquisitions a été très intense et est demeurée un levier de croissance important, avec un nombre de transactions de 358 contre 260 en 2015, et des multiples de valorisation franchissant 11x l’Ebitda.

Photo © Paul BANNWARTH : centre d’Airbus à Toulouse

Laissez un commentaire