Interdiction des ordinateurs en cabine : les aéroports européens redoutent un chaos

Si l’interdiction des appareils électroniques en cabine était étendue aux vols entre l’Europe et les États-Unis, les conséquences seraient « lourdes et très perturbatrices » , a prévenu mardi ACI Europe qui regroupe 500 aéroports européens.

Depuis le 25 mars dernier, l’administration du président Donald Trump interdit en cabine les appareils électroniques plus gros que les smartphones sur les vols directs vers les États-Unis au départ de dix aéroports d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Washington redoute que des groupes terroristes dissimulent des explosifs à l’intérieur des appareils électroniques et envisage d’étendre la mesure aux vols transatlantiques en provenance d’un nombre indéterminé d’aéroports européens.

Face à cette éventualité, la Commission européenne a demandé à rencontrer les autorités américaines « pour évaluer conjointement les risques potentiels et travailler vers une approche commune afin de résoudre les éventuelles menaces en développement » . Une réunion se tient à Bruxelles ce 17 mai, entre le Département américain de la sécurité intérieure (DHS) et la Commission européenne.

Un risque pour les principaux aéroports européens

Dès hier, ACI Europe a mis en garde sur une éventuelle extension de la mesure à l’Europe. L’association relève que 59 aéroports européens disposent actuellement de services directs vers les États-Unis, soit un total de 3 684 vols par semaine. Près de 50% de ces vols sont concentrés sur cinq plateformes, Londres-Heathrow (761 vols), Paris-Charles de Gaulle (353 vols), Francfort (291 vols), Amsterdam-Schiphol (242 vols) et Dublin (179 vols). ACI Europe évalue qu’entre 60 % à 90 % des passagers transportent des appareils électroniques.

« Compte tenu des volumes impliqués, l’extension de l’interdiction actuelle aux aéroports européens entraînerait des perturbations importantes, avec des implications sur divers aspects des opérations aéroportuaires et aériennes » , a prévenu ACI Europe.

L’association cite notamment la nécessité d’effectuer des contrôles supplémentaires à la porte d’embarquement pour chaque vol, et de mettre en place des procédures pour charger les appareils électroniques dans la soute des avions. Des mesures qui nécessitent un grand nombre de personnels de sécurité supplémentaire. Or le personnel adéquat ne se trouve pas si facilement et devra être formé. En outre, il devra au préalable obtenir une autorisation de sécurité auprès des autorités nationales compétentes – un processus « qui dure habituellement plusieurs semaines » , selon ACI Europe.

Par ailleurs, les aéroports affectés devraient également revoir l’attribution des portes d’embarquement dans le but de regrouper les vols vers les États-Unis au sein d’une zone commune, dans la mesure du possible. Pour l’association, cela génèrerait « des inefficacités » dans l’utilisation de la capacité des infrastructures, avec des retombées potentielles sur les autres vols.

Pour Olivier Jankovec, le directeur général d’ACI Europe : « si l’interdiction était étendue, ce sont les aéroports les plus fréquentés du continent qui seraient atteints » et « une partie importante des vols à destination des États-Unis devrait être annulée à court terme. Pour les vols qui pourraient encore être opérés, il y aurait des retards, ce qui compromettrait les correspondances ultérieures aux États-Unis » .

Un risque pour la connectivité transatlantique

Au delà de l’impact opérationnel immédiat, Olivier Jankovec se dit également préoccupé par les conséquences sur la demande pour les voyages transatlantiques, et à plus long terme, sur la connectivité entre l’Europe et les États-Unis. Le directeur redoute un impact économique « large et durable » et cite en exemple Emirates, qui a réduit la voilure vers les États-Unis en raison d’une baisse de la demande après la décision américaine.

ACI Europe demande ainsi aux États-Unis et à l’Union européenne « de partager entre eux toutes les informations en leur possession pour examiner la menace qui a conduit à l’interdiction initiale » et « d’examiner soigneusement » si des mesures de sécurité supplémentaires sont « nécessaires » pour les vols quittant l’Europe.

L’association laisse entendre qu’une extension de la mesure à l’Europe pourrait être ni « proportionnée » ni « efficace » pour répondre à une éventuelle menace.

« Plus que jamais, dans l’environnement géopolitique actuel, nous avons besoin que l’Union Européenne et les États-Unis travaillent main dans la main sur le sujet. C’est ce que le public voyageur – et les citoyens – attendent à juste titre de leurs gouvernements, car c’est le seul moyen de vaincre le terrorisme » , a conclu Olivier Jankovec.

Photo © Gouvernement français : passagers à l’aéroport Paris-Charles de Gaulle

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