Emirates : le bénéfice annuel chute de 82%

Malgré un record de passagers transportés, le bénéfice de la compagnie Emirates Airline est en baisse de 82% pour l’exercice 2016-2017 « sur fond de turbulences » dans le transport aérien, a indiqué jeudi le Groupe Emirates qui ne distribuera cette année aucun dividende à son actionnaire, l’émirat de Dubaï.

La compagnie Emirates Airline a transporté un record de 56,1 millions de passagers entre le 1er avril 2016 et le 31 mars 2017, en hausse de 8 % par rapport à un an plus tôt. « La croissance globale du trafic passager continue de démontrer l’attrait qu’exercent sur les clients les appareils à la pointe de la technique d’Emirates ainsi que le réseau efficace de routes aériennes à partir du hub de Dubaï » , a fait valoir le groupe émirati.

Cependant, le coefficient d’occupation des sièges ressort à 75,1 % contre 76,5 % l’année dernière. Ce repli de 1,4 point de pourcentage « doit être mis en relation avec la forte progression de 10 % des sièges-kilomètres offerts (SKO), mais il s’explique aussi par la persistance des incertitudes économiques et par une vive concurrence sur de nombreux marchés » , a indiqué Emirates.

Cette « vive concurrence » a conduit la compagnie à ajuster le prix des billets. D’où un chiffre d’affaires stable à 85,1 milliards AED (23,2 milliards USD), malgré la hausse du nombre de passagers transportés. À cela s’ajoute « l’appréciation constante » du dollar américain face aux devises de la plupart des marchés d’Emirates, qui a a eu un impact de 2,1 milliards AED (572 millions USD) sur le chiffre d’affaires et sur le résultat net. La recette unitaire a reculé à 24,7 fils (6,7 centimes de dollar US).

En parallèle, les charges d’exploitation ont augmenté de 8 % par rapport à 2015-2016. Le prix moyen du carburant a légèrement baissé au cours de l’exercice. Mais en raison d’une augmentation de 8 % des quantités embarquées, parallèlement à l’accroissement des capacités, la facture de kérosène d’Emirates s’est alourdie de 6 % par rapport à l’année dernière, à 21,0 milliards AED (5,7 milliards USD). Le carburant représente désormais 25 % des charges d’exploitation, contre 26 % en 2015-2016, mais il reste le premier poste de coûts de la compagnie.

Le bénéfice net ressort à 1,3 milliard AED (340 millions USD), en baisse de 82 % par rapport à l’année dernière. Emirates minimise cette contre-performance en soulignant que le résultat de l’année dernière constituait « un record » et qu’elle a « su rester rentable » . Pour autant, il s’agit de la première baisse de son bénéfice depuis cinq ans. Au final, Emirates réalise cette année une marge bénéficiaire de 1,5 %.

Un des exercices « les plus difficiles que nous ayons connus« 

Après l’intégration de Dnata, la filiale chargée des activités aéroportuaires, le bénéfice du Groupe Emirates s’inscrit à 2,5 milliards AED (670 millions USD) pour l’exercice clos le 31 mars 2017, en baisse de 70 % par rapport « au bénéfice record » de l’année précédente. Le chiffre d’affaires du Groupe ressort à 94,7 milliards AED (25,8 milliards USD), en progression de 2 % par rapport à l’exercice précédent.

La trésorerie s’est repliée de 19 % à 19,1 milliards AED (5,2 milliards USD), le Groupe expliquant que cela est dû « principalement » au remboursement de deux emprunts obligataires à l’échéance et à des investissements élevés dans la flotte et des actifs liés aux appareils » .

Ainsi, « il ne sera procédé à aucun versement de dividende à la société Investment Corporation of Dubai (ICD) au titre de l’exercice 2016-2017 » ,  a annoncé le Groupe, compte tenu  « du climat des affaires actuel » et des plans d’investissement futurs.

« L’exercice 2016-2017 a été l’un des plus difficiles que nous ayons connus » , a souligné Ahmed bin Saeed Al Maktoum, Président-Directeur général d’Emirates Airline et du Groupe.

Il a poursuivi : « nous avons, année après année, investi dans le renforcement de nos capacités commerciales et la notoriété de la marque et nous en cueillons aujourd’hui les fruits. Ces bases solides nous ont en effet permis de faire face aux événements déstabilisants qui ont pénalisé la demande de voyages au cours de l’exercice – du vote en faveur du Brexit aux défis liés à l’immigration en Europe et aux attentats terroristes, des nouvelles réglementations impactant les voyages aériens vers les États-Unis à la dévaluation des monnaies et au problème du rapatriement de fonds dans certaines régions d’Afrique, sans parler de l’effet par ricochet de l’atonie du secteur pétrolier et gazier sur la confiance des entreprises et la demande de voyages » .

En 2016-2017, le Groupe a collectivement investi 13,7 milliards AED (3,7 milliards USD) dans l’achat de nouveaux appareils et équipements, l’acquisition de sociétés, la construction d’installations « modernes » , les technologies de pointe et les initiatives en faveur du personnel.

« Ces investissements contribueront à renforcer encore notre résilience, au moment même où nous confortons notre avantage compétitif et adaptons nos activités à un climat des affaires volatil et à l’évolution rapide des attentes des clients » , a ajouté le dirigeant du groupe Emirates.

« Nous restons optimistes pour l’avenir de notre industrie, tout en étant conscients de la persistance de difficultés au cours de l’année à venir avec un climat hyperconcurrentiel entraînant une érosion des rendements pour la compagnie et la volatilité sur de nombreux marchés impactant les flux de passagers et la demande de voyages.

« Emirates et dnata resteront en prise avec les événements et les tendances ayant des répercussions sur notre activité, de manière à répondre rapidement aux opportunités et aux défis qui se présentent. Nous progresserons également sur la voie de la transformation numérique. Nous sommes en train de repenser, dans chacun de ses aspects, notre manière de faire des affaires, grâce à un ensemble inédit de technologies. Notre ambition est de proposer à nos clients une expérience plus personnalisée et des parcours plus fluides tout en rendant nos activités et notre back-office plus efficients« .

L’effectif du Groupe dans ses 80 filiales et sociétés a augmenté de 11 % à plus de 105 000 personnes de plus de 160 nationalités différentes.

Emirates : évolution de la flotte et du réseau en 2016-2017

La compagnie aérienne Emirates a pris livraison de 35 nouveaux appareils, le chiffre le plus élevé jamais enregistré au cours d’un exercice, dont 19 Airbus A380 et 16 Boeing 777-300ER. Sur la même période, 27 appareils plus anciens ont été retirés du service, portant l’ensemble de la flotte à 259 avions au 31 mars. Ce remaniement de la flotte, qui concerne 62 appareils, est le programme le plus important jamais réalisé par la compagnie au cours d’une année. L’âge moyen de la flotte d’Emirates a ainsi été considérablement abaissé à 63 mois contre 74 mois l’année dernière et 140 mois pour la moyenne du secteur, selon ses chiffres. Emirates demeure le premier opérateur de Boeing 777 et Airbus A380.

Au cours de l’exercice, la compagnie a lancé six nouvelles destinations pour les passagers : Fort Lauderdale, Hanoï, Newark, Yangon, Yinchuan et Zhengzhou ; et une autre pour le fret : Phnom Penh. Elle a également étendu ses services et capacités à neuf villes sur son réseau actuel en Afrique, en Asie, au Moyen-Orient et en Amérique du Nord.

Emirates SkyCargo

Emirates SkyCargo continue de jouer un rôle à part entière dans la croissance de l’activité de la compagnie, en contribuant à 13 % du chiffre d’affaires total de cette dernière dans le transport.

Sur un marché du fret aérien qui reste difficile et se caractérise par une évolution rapide de la structure de la demande, la division de fret d’Emirates a publié un chiffre d’affaires de 10,6 milliards AED (2,9 milliards USD), en baisse de 5 % par rapport à l’exercice précédent, tandis que les volumes transportés ont progressé de 3 % à 2,6 millions de tonnes.

Cette année, le rendement du fret mesuré en tonnes-kilomètres (FTKM) a diminué de 8 %, reflétant la forte tendance à la baisse, observée dans l’ensemble du secteur, ainsi que la dépréciation des principales monnaies face au dollar US.

La flotte totale d’avions-cargos Emirates SkyCargo est restée inchangée à 15 appareils : 13 Boeing 777F et deux Boeing 747-400F. Outre les capacités de fret dans la soute ventrale des appareils de passagers desservant les nouvelles destinations de la compagnie, Emirates SkyFret a lancé de nouveaux services de transport de marchandises vers Phnom Penh (Cambodge), ainsi que de nouvelles liaisons Dubaï-Oslo et Delhi-Hong Kong.

En 2016-2017, Emirates SkyCargo a inauguré Emirates SkyPharma, une installation de 4 000 m², spécialement conçue pour le transport sécurisé et dans le respect des délais de produits pharmaceutiques thermosensibles, à l’aéroport international de Dubaï ; la société a également lancé White Cover Advanced, une solution de protection dédiée au fret thermosensible.

Photo © Paul BANNWARTH : Airbus A380 d’Emirates à Zurich (15/07/2014)

Laissez un commentaire