Les aéroports européens dénoncent « les rentes » des compagnies aériennes

Le Conseil européen des aéroports (ACI Europe) a dénoncé mercredi les « rentes de rareté » dont bénéficient les compagnies aériennes en place sur les grandes plateformes : selon lui, ces transporteurs empochent chaque année plusieurs milliards d’euros de tarifs aériens plus élevés qu’ils ne devraient l’être, en raison des capacités contraintes des aéroports qui empêchent de nouvelles compagnies de s’installer.

ACI Europe, qui représente environ 500 aéroports, a adressé mercredi 25 janvier un plaidoyer contre toute baisse des redevances aéroportuaires et dénoncé l’attitude des compagnies aériennes.

Dans plusieurs pays d’Europe, notamment en France et en Allemagne, ces compagnies demandent aux aéroports de baisser les redevances qu’elles paient pour l’utilisation des infrastructures et des services. Elles estiment que le niveau élevé de ces redevances nuisent à leur rentabilité et leur compétitivité.

Alors que la Commission européenne vient de lancer une étude pour modifier éventuellement sa directive sur les redevances aéroportuaires, qui encadre les réglementations nationales, ACI Europe oppose aux compagnies aériennes l’intérêt du consommateur.

Selon lui, une baisse des redevances ne saurait profiter aux passagers car les capacités des grands aéroports sont limitées, ce qui alimente la hausse des prix des billets d’avion, indépendamment du niveau de ces redevances.  « Ce qui est bon pour les compagnies aériennes, comme des redevances aéroportuaires plus basses, ne l’est pas toujours pour les passagers » , souligne ainsi Augustin de Romanet, président d’ACI Europe et PDG du groupe ADP.

ACI Europe explique le mécanisme : les capacités contraintes limitent le nombre de décollages et d’atterrissages, notamment aux périodes les plus chargées de la journée ou de l’année, quand les passagers veulent le plus prendre l’avion. « Sans capacité additionnelle sur un aéroport, l’accès au marché est bloqué, ce qui empêche l’arrivée de nouvelles compagnies aériennes et la mise en concurrence » , précise le Conseil. « Cela signifie que les passagers doivent payer des tarifs aériens plus élevés aux compagnies aériennes s’ils veulent voler depuis ou vers ces aéroports » , ajoute-t-il.

S’appuyant sur une étude récente de SEO Amsterdam Economics et de l’université de Cranfield, ACI Europe estime que les limitations de capacités imposées aux aéroports font que les consommateurs européens paient chaque année 2,1 milliards d’euros de tarifs aériens supplémentaires. Toujours selon lui, ce chiffre pourrait atteindre 6,5 milliards d’euros en 2035.

ACI Europe précise : « si les compagnies aériennes établissent leurs prix en fonction de ce que les passagers sont prêts à payer, plutôt qu’en fonction de leurs coûts, alors une baisse des redevances aéroportuaires n’entraînera pas une baisse des tarifs aériens : ces économies iront directement dans les poches des compagnies aériennes » .

Augustin de Romanet dénonce ainsi les compagnies aériennes en place sur les grandes plateformes, qui bénéficient, à ses yeux, « de rentes de situation basées sur la rareté de l’offre, ce qui, évidemment, ne les incite pas à soutenir l’expansion de la capacité et explique pourquoi elle s’opposent farouchement aux augmentations des redevances aéroportuaires » . On peut y voir une pierre dans le jardin du groupe Air France-KLM, premier opérateur à Paris-Orly, où le nombre de mouvements est limité à 250.000 par an, ou encore dans celui de Lufthansa à Francfort.

Augustin de Romanet plaide donc auprès de la Commission européenne pour que la réglementation évolue et soit « davantage axée sur les passagers et le marché » .

À ce jour, les compagnies aériennes ou la Commission européenne n’ont pas réagi à cette prise de position.

Photo Jeffrey Milstein / Gatwick Airport