Le vol MH17 abattu par un missile acheminé depuis la Russie

Vol MH17 : reconstitution du cockpit du Boeing 777-200ER de Malaysia Airlines

Le lanceur de missile qui a servi à abattre le vol MH17 de Malaysia Airlines a été acheminé depuis la Russie vers l’Ukraine dans une zone tenue par des combattants pro-russes, a affirmé mercredi l’Équipe d’investigation conjointe (Joint Investigation Team – JIT) en charge de l’enquête pénale. Une centaine de personnes sont soupçonnées d’être en lien avec cette opération.

Le JIT, qui réunit des enquêteurs australiens, belges, malaysiens, néerlandais et ukrainiens, a présenté le 28 septembre les premières conclusions de ses investigations. Elles viennent compléter les aspects qui n’avaient pas été traités ou suffisamment étayés par l’enquête du DSB néerlandais (l’équivalent du BEA français). Présentée en octobre 2015, cette enquête avait déjà conclu que le Boeing 777-200ER avait été abattu par un missile BUK sans identifier précisément la provenance.

Après sa propre enquête, le JIT « est convaincu d’avoir obtenu des preuves irréfutables établissant que le vol MH17 a été abattu le 17 juillet 2014 par un missile BUK série 9M38. Selon le JIT, il existe également des preuves identifiant comme lieu de lancement un champ agricole près de Pervomaïskyï qui, à l’époque, était contrôlé par des combattants pro-russes » , a annoncé l’équipe dans un communiqué.

« Les autopsies, les témoignages, les télécommunications interceptées, les images satellites, les données radar et les découvertes des experts pointent tous vers une attaque perpétrée par un système de défense sol-air » , explique le JIT.

L’autopsie des corps des pilotes en particulier a révélé la présence de fragments provenant de la tête d’un missile BUK 9M38. « L’un de ces fragments comporte des traces de verre provenant d’un cockpit, du même type utilisé sur les Boeing 777. Il a été déterminé que le fragment du missile a percé le pare-brise de l’aéronef depuis l’extérieur » , précisent les enquêteurs.

Le JIT réfute également d’autres scénarios, notamment une attaque terroriste à l’intérieur de l’avion ou un tir de missile depuis un avion de chasse, un temps évoqué. « Le JIT a obtenu suffisamment de données radar, à la fois de la Russie et de l’Ukraine, qui, mises ensemble, fournissent une image complète de l’espace aérien à l’Est de l’Ukraine. Il en résulte qu’au moment de l’accident, il n’y avait aucun autre avion à proximité du vol MH17 qui aurait pu l’abattre » , indique l’équipe.

Le JIT dit avoir retracé « une grande partie de la route » empruntée à l’aller et au retour par le lanceur BUK-TELAR sur la base de conversations téléphoniques interceptées, de témoignages, de photographies et vidéos publiées sur les réseaux sociaux et d’une vidéo fournie par un témoin. « Le système de lancement a été transporté depuis le territoire russe vers l’intérieur de l’Ukraine puis y est retourné sur un camion Volvo (…) escorté par plusieurs véhicules et des hommes armés en uniforme » , indique le JIT.

Quant au lieu précis du lancement, l’identification du champ agricole de Pervomaiskyi est établie par de « multiples témoins qui ont vu et photographié la fumée de condensation du missile BUK et son déplacement dans l’air. D’autres témoins ont été en mesure de lier la fumée au lanceur BUK-TELAR qu’ils avaient vu précédemment le 17 juillet 2014 » , expliquent les enquêteurs.

Ils poursuivent : « maintenant que nous avons établi ce qui est arrivé, l’enquête va se focaliser sur les auteurs. Cela prendra du temps. Jusqu’à présent, le JIT a identifié environ 100 personnes qui peuvent être liées au crash du vol MH17 ou au transport du BUK-TELAR. Le JIT a enquêté sur ces personnes par le biais de diverses sources, telles que des conversations téléphoniques interceptées et les déclarations des témoins » .

Le JIT s’intéresse en particulier à la chaîne de commandement. « Qui a donné l’ordre d’amener le BUK-TELAR en Ukraine, et qui a donné l’ordre d’abattre le vol MH17? L’équipage du lanceur a-t-il décidé lui-même ou a-t-il exécuté un ordre venu de supérieurs hiérarchiques  ?  Ceci est important pour déterminer les infractions commises par les auteurs présumés » , conclut le JIT. Pour continuer les investigations, son mandat a été prolongé jusqu’au 1er janvier 2018.

A l’appui de ses déclarations, le JIT a fourni plusieurs vidéos explicatives (en anglais).