CCE d’Air France interrompu : violences sur le DRH et mesures confirmées

Airbus A380 d' Air France - © Air France

Le comité central d’entreprise (CCE) d’Air France a tourné court ce lundi 05 septembre après l’irruption de manifestants dont certains s’en sont pris physiquement au directeur des ressources humaines (DRH). Air France va porter plainte pour « violences aggravées » . Le CCE extraordinaire avait pour objet de présenter aux élus du personnel le plan de réduction de l’activité. Les mesures annoncées en conseil d’administration vendredi dernier sont confirmées.

La manifestation organisée ce 5 septembre à l’appel de treize syndicats devant le siège d’Air France où était présenté le plan de restructuration a dégénéré. Des participants ont forcé les grilles et se sont introduits dans le bâtiment aux cris de « Gagey démission, Juniac dégage » et « On est chez nous », selon des journalistes présents sur place. Le PDG de la compagnie, Frédéric Gagey, est sorti précipitamment, et le DRH, Xavier Broseta, a été ex-filtré par les services de sécurité, avec sa chemise arrachée. Il « a manqué de se faire lyncher » , selon un délégué CGT.

Dans un communiqué, la direction d’Air France a condamné « fermement les violences physiques qui se sont déroulées en marge du CCE après qu’il a été interrompu. Ces violences sont le fait d’individus isolés particulièrement violents, alors même que la manifestation des personnels grévistes se déroulait jusqu’alors dans le calme. Une plainte sera déposée pour violences aggravées. L’ensemble des salariés d’Air France se sont mobilisés depuis ce week-end pour assurer à ses clients un service normal. La compagnie assure l’ensemble de ses vols » .

« Je condamne fermement les incidents survenus lors du CCE d’Air France. Ces violences sont inacceptables et devront être sanctionnées » , a pour sa part déclaré le ministre des Transports, Alain Vidalies.

Commencé à 09h30, le CCE a ainsi été interrompu une heure plus tard. Il devait reprendre à 14h30 mais ne reprendra finalement pas ce lundi.

La direction d’Air France a cependant confirmé les mesures annoncées lors du conseil d’administration du 02 octobre. Celles-ci font suite « à l’impossibilité de signer des accords permettant la mise en œuvre de mesures de productivité conduisant à un retour pérenne à la rentabilité » , a précisé dans un communiqué le groupe Air France-KLM à l’issue du CCE.

Air France est ainsi amenée à lancer un plan de restructuration de son réseau long-courrier.

Les capacités sur celui-ci devraient baisser de l’ordre de 10% entre 2015 et 2017. A l’échelle de l’activité passage réseaux d’Air France-KLM (qui englobe également KLM et HOP!), les capacités devraient baisser d’environ 2% entre 2015 et 2017, contre une croissance d’environ 3% précédemment anticipée.

Le plan prévoit aujourd’hui, d’ici 2017, la fermeture de 5 lignes et l’arrêt de 35 fréquences hebdomadaires long-courrier. Les modifications du programme seront concentrées sur les lignes les plus déficitaires du réseau, desservant principalement l’Asie et le Moyen-Orient. Le groupe Air France-KLM maintiendra cependant sa présence commerciale « grâce notamment aux nombreux partenariats sur les marchés concernés » .

La flotte long-courrier d’Air France sera réduite de 14 avions, passant de 107 avions opérés à l’été 2015 à 93 à l’été 2017. Cet ajustement sera principalement réalisé par la sortie accélérée d’Airbus A340, non remplacés par les Boeing 787 initialement prévus. Sur les seules années 2016 et 2017, la réduction des investissements liée à ces décisions pourrait atteindre jusqu’à 200 millions d’euros.

Cette baisse d’activité génèrera un sureffectif que le groupe estime à 2.900 personnes, dont environ 300 pilotes, 900 Personnel Navigants Commerciaux et 1.700 personnels au sol. Dans les secteurs où les concertations ou négociations permettent d’atteindre les objectifs de Perform 2020, l’adaptation des effectifs se fera sous la forme de départs volontaires. Dans les autres secteurs, le recours aux départs contraints ne pourra être exclu, indique Air France-KLM.

Des charges de restructuration seront enregistrées une fois arrêtés le rythme et les modalités des départs.

Air France-KLM estime ainsi être en mesure de poursuivre son « redressement durable » , grâce d’une part à la réduction ciblée du réseau d’Air France, centrée sur les lignes les plus déficitaires et conjuguée avec la baisse des coûts fixes, et d’autre part aux mesures d’économie au sein de toutes les activités d’Air France comme dans l’ensemble du groupe présentées plus tôt cette année.

Air France-KLM maintient l’ensemble de ses objectifs financiers fixés pour 2017 dans le cadre du plan Perform 2020 : réduction des coûts unitaires  de 1,5%  par an en moyenne sur la période 2015-2017, un ratio de dette nette ajustée sur EBITDAR autour de 2,5 en 2017, une génération de cash-flow libre chaque année par les activités de base.

Alexandre de Juniac, Président-directeur général d’Air France-KLM, a déploré « qu’aucun accord avec les syndicats de personnels navigants d’Air France n’ait été trouvé » . Le dirigeant a également ajouté que « le redressement de la compagnie ne pourra s’accomplir que grâce à la mobilisation de tous ses personnels. La direction d’Air France reste disponible à tout moment pour reprendre les négociations avec ses syndicats. Nous restons déterminés à mettre en œuvre les adaptations indispensables pour assurer la pérennité d’Air France et lui permettre de financer son développement » .


Crédit photo : Airbus A380 d’ Air France – © Air France

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