Plan B chez Air France : le SNPL montré du doigt

Commandant de bord / pilote d'Air France - © Air France

Le Syndicat National des Pilotes de Ligne (SNPL) est au centre des critiques y compris de la part des autres syndicats d’Air France, après l’échec des négociations sur Perform 2020 qui entraîne la mise en place d’un plan B prévoyant des fermetures de lignes, le retrait de gros-porteurs, et la perspective de licenciements. 

Le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, a attaqué le SNPL dès vendredi : « c’est du syndicalisme qui part en vrille, le syndicalisme à la mode SNPL, c’est un syndicalisme corporatiste qui ne prend pas du tout en compte l’intérêt de la majorité, de la totalité des salariés d’Air France » , a-t-il déclaré le 02 octobre dans l’émission C à dire sur France 5. Laurent Berger n’a pas manqué de rappeler que la compagnie aérienne « est en difficulté maintenant depuis très longtemps« . Un premier plan d’efforts (Transform 2015) a déjà été demandé aux salariés d’Air France en 2012 : « Le personnel au sol l’a accepté et le personnel navigant, notamment les pilotes, a refusé » , a estimé Laurent Berger. Le SNPL a bien signé ce plan mais selon la direction d’Air France, un tiers des mesures n’auraient pas été appliquées par les pilotes. Elle a lancé une action en justice pour obtenir gain de cause, action toujours pendante auprès du tribunal de Bobigny.

En 2015, les pilotes « ont eu la possibilité, à travers une négociation catégorielle (…), d’éviter des suppressions d’emploi, sauf qu’ils préfèrent considérer que les efforts sont à faire plutôt du côté du personnel au sol, c’est détestable ! » , a lancé le secrétaire général de la CFDT.

Le ton se fait plus mesuré chez FO, où le numéro un, Jean-Claude Mailly, a appelé samedi le SNPL à montré un peu plus de solidarité. « Qu’ils soient un peu plus solidaires et discutent avec les autres syndicats » , a demandé sur iTélé Jean-Claude Mailly. « C’est un syndicat de métier, je leur conseillerais de ne pas fermer la porte, y compris de la négociation, qu’ils prennent contact avec les autres syndicats » , a-t-il ajouté. « Je ne leur tape pas particulièrement dessus (…) On ne sait jamais ce qui se passe entre la direction et les pilotes de ligne » , a aussi affirmé le leader de FO, en poursuivant qu’il n’était « pas question d’avoir des licenciements secs » .

De son côté, le député Bruno Le Roux, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale et auteur d’un rapport sur la compétitivité des compagnies aériennes françaises, s’est dit au micro de France Info  « très inquiet du manque de lucidité pour faire des réformes qui sont essentielles » , en ajoutant : « il y a un risque de disparition du pavillon français. Je demande aux pilotes de se mettre autour de la table » . « On demande (aux pilotes) deux heures de plus en l’air. C’est encore inférieur aux standards dans d’autres compagnies » , a-t-il aussi déclaré. « A moyen terme c’est le risque de mettre à mal la compagnie. Les pilotes n’ont pas pris ces discussions au sérieux » .

L’économiste Nicolas Bouzou, directeur et fondateur d’Asterès, estime quant à lui que « les torts sont partagés » entre les pilotes du SNPL et la direction d’Air France . ‘ll me semble paradoxalement que l’annonce du plan de licenciements peut être le déclencheur de négociations apaisées. Mais pour cela le Gouvernement doit se mettre en retrait, la direction doit définir une stratégie de croissance et nos amis pilotes doivent faire passer toutes les rancœurs accumulées ces dernières années au second plan. Et l’opinion publique aujourd’hui surexcitée doit cesser d’être manichéenne » écrit-il samedi sur sa page Facebook.  « Les pilotes sont devenus des boucs émissaires. J’ai fréquenté les cockpits ces derniers mois dans le cadre de ma mission et je peux affirmer que beaucoup de vols n’ont pas coulé grâce au dévouement des pilotes, qui subissent en particulier la désastreuse organisation de la « touchée » à Roissy. J’ajoute que les pilotes d’AF adorent leur compagnie (mais beaucoup moins leur direction). De toutes façons, une compagnie doit s’appuyer sur ses pilotes » , ajoute-t-il.  « Il n’en reste pas moins que les positions du SNPL ces dernières semaines ont contribué à l’impasse actuelle et illustrent parfaitement « Le Grand Refoulement ». D’ailleurs un très grand nombre de pilotes m’envoient des Sms pour me dirent que, bien qu’adhérents au Snpl, ils n’en partagent plus les positions. C’est l’immense question de la représentativité syndicale qui est posée » , souligne Nicolas Bouzou.

Le SNPL justement compte retourner à la table des négociations avec de nouvelles propositions, alors que le PDG du groupe Air France-KLM a déclaré vendredi que « la porte n’est pas fermée » aux organisations syndicales si dans les semaines à venir, « elles reviennent avec un vrai projet, une vraie volonté de discuter » . Le syndicat majoritaire à 65% chez les pilotes a élaboré plusieurs propositions et offrirait un gel des augmentations pour la période 2015-2016, la diminution de 5 jours de la période de congés été garantis (contre-balancée par une augmentation de 5 jours du nombre congés hors été), diverses mesures managériales et des mesures spécifiques sur le long-courrier et le moyen-courrier, tout cela semblant bien éloigné a priori des objectifs que s’est fixée Air France. Une réunion est prévue « après le 5 octobre » entre les organisations représentatives des pilotes et la direction de la compagnie aérienne.

Rappelons que le plan B sera mis en oeuvre en deux phases, « en 2016 puis en 2017 » et sera détaillé lundi 5 octobre au Comité Central d’Entreprise (CCE) d’Air France.

Crédit photo : commandant de bord / pilote d’Air France – © Air France

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