Les compagnies du Golfe sèment la zizanie en Europe

Airbus A380 d'Emirates à Zurich - © Emirates

Divisées sur l’attitude à adopter face à leurs concurrentes du Golfe, les compagnies aériennes européennes ne parlent plus d’une même voix : airberlin et International Airlines Group (IAG) – qui détient British Airways, Iberia, et Vueling -, ont quitté l’Association of European Airlines (AEA). Alitalia y réfléchit.

Airberlin, seconde compagnie allemande en termes de passagers transportés, a annoncé le 21 avril qu’elle avait démissionné de l’AEA, en l’accusant de mener une politique protectionniste à l’encontre des trois principales compagnies du Golfe, Emirates Airline, Etihad Airways et Qatar Airways.

Annonçant la décision de sa compagnie, le directeur exécutif d’airberlin, Stefan Pichler, a estimé que l’association s’autorisait « à être dirigée par des compagnies aériennes qui essaient désespérément d’ériger un nouveau mur autour de l’Europe » . L’attaque est à peine voilée et concerne au premier chef les groupes Lufthansa et Air France-KLM, qui ont demandé ensemble dès juin 2014 à la Commission Européenne d’intervenir pour imposer des « règles du jeu équitables » face à l’essor des compagnies du Golfe, accusée de mener une « concurrence déloyale » en raison des subventions publiques qu’elles reçoivent de leur Etat respectif.

Airberlin ne voit pas les choses de cette façon : « il y a un désaccord évident de plus en plus important (parmi les compagnies européennes) » , a déclaré son directeur. « Nous ne voyons aucun avenir dans une politique protectionniste pour l’aviation » , a-t-il ajouté.

L’AEA a répondu qu’il était « tout à fait faux » de la dépeindre comme protectionniste. « Aucune des campagnes lancées par l’AEA sur la libéralisation, les relations extérieures, ou la détention et le contrôle (des compagnies aériennes) n’ont préconisé de mesures protectionnistes » , a fait savoir le groupe de lobbying.

Néanmoins, la démission d’airberlin suit celle du groupe IAG, qui a quitté fin mars 2015 l’AEA pour les mêmes raisons. « La libéralisation internationale de notre industrie est fondamentale pour notre croissance future et nous ne sommes pas désireux de faire des compromis » , avait déclaré le directeur du groupe, Willie Walsh. Celui-ci ajoutait qu’il n’avait aucun « problème » avec les compagnies du Golfe et qu’il les « admirait« .

En fait, deux camps semblent s’opposer en Europe : d’un côté, les compagnies détenues partiellement par celles du Golfe, et de l’autres, celles qui ne le sont pas. Etihad Airways a acquis une participation de 27% en 2011 dans airberlin, et Qatar Airways est rentrée au capital d’IAG à hauteur de 10% cette année.

De son côté, Alitalia a indiqué mardi réfléchir à quitter aussi l’AEA. La compagnie Italienne a été rachetée à hauteur de 49% par Etihad Airways en 2014.

Les transporteurs du Golfe « favorisent une approche plus libérale dans notre activité, et une meilleure concurrence » et ils « investissent beaucoup d’argent » , a déclaré dans une interview le directeur d’Alitalia, Silvano Cassano. « C’est bon pour notre marché » , a-t-il ajouté. Le transporteur Italien soupèsera « les avantages et les inconvénients » de maintenir son adhésion à l’AEA et prendra une décision dans « les jours qui viennent » , estimant « qu’il y a besoin d’un signal fort que d’autres compagnies aériennes ont déjà donné » .

Avec les départs d’IAG et d’airberlin, ainsi qu’Alitalia éventuellement, c’est l’avenir – ou du moins la crédibilité – de l’AEA qui semble compromis. Ainsi, airberlin a indiqué qu’elle continuera son action de lobbying directement auprès des instances Européennes.

A fin 2014, l’AEA représentait 29 groupes aériens qui transportent chaque année 415 millions de passagers et 5,4 millions de tonnes de marchandises avec une flotte combinée de 2.500 appareils, vers 635 destinations dans 160 pays, soit 11.600 vols par jour. Les compagnies membres emploient un total d’environ 365.000 salariés et réalisent un chiffre d’affaires d’environ 100 milliards d’euros par an.

Crédit photo : Airbus A380 d’Emirates à Zurich – © Emirates

…….

Un commentaire sur “Les compagnies du Golfe sèment la zizanie en Europe

  1. Logique que les compagnies avec des capitaux emiraties se désengage de l’association…très logique! Ces compagnies ont elles le couteau sous la gorge…humm

Laissez un commentaire