Interview : Korean Air affiche ses ambitions sur le marché français

 

Ludovic Froidure, directeur général France de Korean Air

Ludovic Froidure, directeur général France de Korean Air

Présente depuis 41 ans en France, Korean Air continue de se renforcer vers l’Hexagone : la première compagnie aérienne de la Corée du Sud déploie à l’année un Airbus A380 entre Séoul et Paris, ajoute une nouvelle fréquence, développe les partages de codes, et met en place plus de vols charters vers Marseille.

Répondant aux questions d’Air Info, Ludovic Froidure, directeur général France de Korean Air, précise les ambitions de la compagnie sur le marché français. L’occasion aussi d’évoquer l’introduction prochaine de nouveaux avions dans la flotte, dont le 747-8i, les relations avec Air France et SkyTeam, le développement de la filiale low-cost Jin Air y compris sur le long-courrier, ou encore l’impact du nutgate.

Air Info : comment se porte Korean Air après le 1er trimestre 2015 en France et dans le monde ?

L. Froidure : Korean Air se porte bien. Nous profitons du dynamisme de la région Asie-Pacifique : un tiers de la population mondiale se trouve à moins de trois heures de notre hub de Séoul. Nous bénéficions aussi du taux de change favorable de la devise Sud-Coréenne vis à vis des autres monnaies, ce qui favorise les déplacements à l’étranger des Sud-Coréens, dont le pouvoir d’achat est en augmentation – il est aujourd’hui plus élevé que celui des Français. Nous avons également profité de la baisse des prix du pétrole, qui a aidé à renforcer notre bilan financier, comme la plupart des autres grandes compagnies aériennes.

Vers la France en particulier, le marché est dynamique : nous avons enregistré une augmentation de 10% du nombre des passagers sur la ligne Séoul – Paris entre 2014 et 2013. La grande majorité de nos voyageurs est d’origine asiatique, ce qui n’est pas nouveau.

Airbus A380 de Korean Air - © Korean Air

Airbus A380 de Korean Air – © Korean Air

Air Info : cela fait un an que Korean Air déploie l’Airbus A380 vers Paris. Quel bilan en tirez-vous ?

L. Froidure : nous sommes très satisfaits de l’A380 sur Paris. Il assure la montée en puissance de la ligne, même si la rentabilité de l’avion ne se fait pas tout de suite, ce qui est normal. Nous avons choisi pour cet appareil une configuration très premium, avec 12 suites de Première classe et 94 sièges-lits pour la classe Affaires qui occupe tout le pont supérieur avec un bar à l’avant et un bar à l’arrière. La classe économique est particulièrement spacieuse, avec 301 sièges de 46 centimètres de large, un espace de 86 centimètres entre les rangées et une inclinaison du dossier de 118°. Nous sommes la seule compagnie au monde à proposer une boutique hors-taxes à bord, les Sud-Coréens étant très friands de produits haut-de-gamme.

Air Info : Korean Air va devenir cet été la troisième compagnie au monde à mettre en service le Boeing 747-8i, la dernière évolution d’un appareil mythique qui suscite l’enthousiasme des passionnés d’aviation. Envisagez-vous de le déployer vers Paris ?

L. Froidure : non, ce n’est pas prévu. Historiquement, Korean Air exploite à la fois des Airbus et des Boeing. Mais dans la « bataille des géants du ciel » , l’A380 restera notre avion de référence, car il est de dernière génération, plus évocateur pour son silence et son confort. Vers Paris cependant, nous allons augmenter nos fréquences cet été, entre mai et octobre, avec une huitième rotation hebdomadaire tous les samedis. Elle sera assurée en Boeing 777-200ER de 248 sièges, qui correspond davantage à la demande « loisirs » , avec 8 sièges en Première Classe, 28 en Classe Affaires et 212 en Classe Economie.

Air Info : l’année dernière, vous avez exploité des vols charters entre la Corée du Sud et Marseille. L’opération sera-t-elle répétée en 2015 ? 

L. Froidure : nous allons opérer cette année 32 vols charters entre la Corée et l’Europe. En plus de Marseille, Zagreb et Oslo, nous desservirons pour la première fois de cette façon Athènes et Barcelone.

Pour Marseille, nous allons passer à 4 vols charters en 2015, contre trois l’année dernière.  Le premier aura lieu le 25 avril et le second le 16 mai. Nous allons utiliser principalement des Airbus A330 mais aussi des Boeing 747 dans le cadre de l’optimisation de la flotte. Les avions sont affrétés par un tour-operator Coréen et les vols sont exclusivement vendus au départ de la Corée du Sud.

Air Info : Votre présence à Marseille signifie-t-elle que vous allez prochainement desservir de façon régulière un second aéroport français après Paris Charles de Gaulle ?

L. Froidure : non, nous n’en sommes pas encore là. Il y a bien sûr la question des droits de trafic, qui ont été renégociés l’année dernière. Notre huitième fréquence hebdomadaire vers Paris nous permet de les utiliser. Mais plutôt qu’ouvrir une nouvelle destination en France, nous devons assurer la rentabilité de la ligne Séoul-Paris, où nous préférons monter en puissance avec Air France par le développement des codeshares.

Par exemple, nous apposerons à partir de la deuxième semaine de mai notre code KE sur les vols d’Air France entre Paris et Nice, Marseille, Lyon et Toulouse, à raison de deux vols quotidiens pour chacune de ces liaisons.

Au départ de Nice et Marseille, nous proposons aussi des vols en partage de codes sur Czech Airlines (que nous avons rachetée partiellement), via Prague, permettant des correspondances courtes (45 à 75 minutes) vers l’aéroport de Séoul Incheon.

Air Info : Et comment vont vos relations avec l’alliance SkyTeam ? Korean Air a annoncé en février 2015 un partage de code sur la ligne Séoul – Dallas avec American Airlines, membre de l’alliance concurrente oneworld. La presse américaine a parlé d’un clash avec Delta Airlines ?

L. Froidure : non, il n’y pas de clash, c’est un mot beaucoup trop fort ! Dallas n’est pas un hub historique de SkyTeam, et le règlement de cette alliance permet de tels accords avec des compagnies non membres dans certains cas bien particuliers. D’ailleurs, Korean Air partage déjà ses codes avec une trentaine de compagnies qui ne sont pas toutes membres de SkyTeam. Nous sommes un des fondateurs de cette alliance, avec Air France-KLM, Delta et Aeromexico, et cela est important pour nous. Bien sûr, il y a toujours eu des discussions, et j’ajouterai qu’il y en aura toujours, c’est normal.

Avec Air France notamment, nous allons avoir une négociation, car cette compagnie va changer d’appareil cet été sur la ligne Paris-Séoul et ne proposera plus de Première classe. Nous verrons alors comment va évoluer la clientèle Affaires.

Nouvelle Prestige Class (classe Affaires) de Korean Air - © Korean Air

Nouvelle Prestige Class (classe Affaires) de Korean Air – © Korean Air

Air Info : justement, Korean Air a présenté une nouvelle classe Affaires long-courrier, la Prestige Suite. Quels appareils en bénéficient ?

L. Froidure : notre nouvelle classe Affaires sera installée sur les 38 avions que nous avons en commande, dont 19 nous seront livrés en 2015. Notamment sur nos nouveaux Airbus A330-300 ainsi que sur les 10 747-8i et les 10 787-9.

Nous évaluerons les opportunités pour retrofitter nos autres appareils, en fonction des programmes de maintenance. C’est une opération lourde.

En plus de cette nouvelle classe Affaires, nous présenterons avant la fin de l’année une nouvelle Première classe.

Air Info : à l’autre extrémité du marché, Korean Air développe sa filiale low-cost Jin Air, que vous dotez d’un Boeing 777. Envisagez-vous avec elle de desservir l’Europe par des vols low-cost longs-courriers ?

L. Froidure : c’est trop tôt pour le dire, car le premier vol long-courrier de cette compagnie (vers Honolulu, ndlr) n’a pas encore été réalisé. En revanche, Korean Air appose son code sur six destinations de Jin Air, ce qui offre des opportunités supplémentaires de correspondances pour nos passagers depuis l’Europe, vers Nagasaki et Okinawa au Japon, Kota Kinabalu en Malaisie, Macao en Chine, Ventiane au Laos, et l’île de Guam dans le Pacifique. Certaines de ces destinations étaient déjà desservies par Korean Air, mais nous ajoutons des fréquences. Cela facilite les connexions.

Air Info : Korean Air est très présente sur le marché chinois. Pour un voyageur Français ou européen, pourquoi choisir Korean Air pour se rendre en Chine – ou ailleurs en Asie ?

L. Froidure : bien sûr, les voyageurs d’affaires préfèreront toujours les vols directs, mais certaines destinations en Chine que nous desservons ne sont pas accessibles directement depuis l’Europe. Nous opérons d’ailleurs 23 routes aujourd’hui entre la Corée du Sud et la Chine, bientôt 27 dans le courant de l’année.

Il y a un certain nombres d’avantages à utiliser le hub de Séoul Incheon. D’abord, le ciel chinois est très encombré, ce qui provoque de nombreux retards. Ce n’est pas le cas à Séoul. C’est un aéroport très moderne, ouvert en 2002, récompensé et plébiscité par les passagers. Il offre de nombreux services, comme des douches gratuites, des sièges inclinables, ou encore un service de vestiaire où l’on peut déposer ses affaires d’hiver quand on part vers une destination ensoleillée. En outre, nous opérons depuis un seul terminal.

Par ailleurs, le programme « Excellent Boarding Pass » de Korean Air permet aux passagers internationaux avec leur carte d’embarquement de bénéficier de plusieurs avantages à leur arrivée en Corée du Sud, comme des réductions sur le change, les activités touristiques et les achats dans certains magasins. Et il n’y pas besoin d’un visa pour se rendre en Corée du Sud.

Air Info : Le nutgate a fait couler beaucoup d’encre sur Korean Air. Avez-nous noté un impact en France ?

Non, nous n’avons pas relevé de conséquences au départ de l’Europe, mais l’impact a été plus important en Corée du Sud. Finalement, le prix et le service sont ce qui compte le plus pour les voyageurs au moment où ils font leur choix pour une compagnie aérienne. Je crois que le nutgate est une histoire qui intéresse plus les journalistes que les passagers. Je ne me prononcerai pas sur le fond de l’affaire, mais elle est révélatrice de l’importance qu’attache Korean Air aux détails, comme à la sécurité d’ailleurs.

A ce sujet, pour faire un lien avec l’actualité récente, Korean Air impose depuis 2014 que deux personnes se trouvent en permanence dans le poste de pilotage.

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