Crash de Malaysia Airlines en Ukraine : comment éviter un nouveau drame ?

Sur le lieu du crash du vol MH17 - Auteur inconnu. Origine Twitter

Sur le lieu du crash du vol MH17 – Auteur inconnu. Origine Twitter

La sécurité des routes aériennes est devenu un enjeu international après le crash du Boeing 777-200ER de Malaysia Airlines en Ukraine, vraisemblablement abattu par un missile sol-air. Pour éviter un nouveau drame, les acteurs du transport aérien commencent à élaborer des solutions.

 

Les autorités ont-elle failli en n’interdisant pas totalement le survol de l’Ukraine avant le crash du vol MH17 ? Oui, répond l’association internationale des transporteurs, l’IATA, qui regroupe 84% des compagnies aériennes dans le monde. « On nous avait dit que les vols qui traversaient le territoire de l’Ukraine au dessus de 32.000 pieds (9.500 mètres) étaient hors de danger. Nous savons maintenant à quel point était erronée cette indication » , déclarait le 27 Juillet son Président, Tony Tyler.

 

Des autorités plus responsables

Ce sont les Etats qui restent maîtres pour décider si les opérations aériennes peuvent s’effectuer en toute sécurité dans leur espace aérien et ce sont eux à qui incombe en premier ressort la décision de fermer cet espace dans le cas contraire.

Mais parce que le survol d’un territoire rapporte des taxes et des redevances, ou parce que les renseignements dont ces états disposent peuvent s’avérer incomplets, le système doit être revu : « nous avons besoin d’un système qui ne dépende pas de l’auto-évaluation qu’un pays en guerre peut effectuer même honnêtement sur ses propres risques » , disent les 34.000 pilotes Européens de l’ECA.

En définitive, c’est à l’agence des Nations-Unies en charge du transport aérien, l’OACI, de mener à bien cette évaluation et de diffuser l’information, mais elle-aussi n’a pas fait preuve d’un grand discernement en déclarant « sures » les routes aériennes au-dessus de l’Ukraine avant le drame du 17 Juillet.

Pour corriger le tir, l’OACI a décidé le 27 Juillet, lors d’une réunion à son siège de Montréal, de la création d’un groupe de travail réunissant des représentants de différents Etats, des experts internationaux ainsi que l’IATA, qui se chargeront ensemble de collecter et de diffuser les informations relatives à la sécurité des transports aériens.

En dehors de ce cadre international, les autorités aériennes des différents pays se montrent plus vigilantes dans leurs décisions de limiter ou d’interdire les opérations vers certaines zones depuis le crash du Boeing 777 de Malaysia Airlines.

Ainsi, la Federal Aviation Administration Américaine (FAA) a renforcé jeudi ses limitations de survol de l’Irak où sévissent des factions armées Djihadistes soupçonnées de détenir des missiles sol-air récupérés en Syrie.

La FAA a été suivie dans sa décision par l’Agence Européenne pour la Sécurité Aérienne (AESA) qui a publié le 1er Août un bulletin d’information (SIB) destiné aux autorités des états membres et aux opérateurs aériens, leur enjoignant la plus grande vigilance pour le survol de l’Irak, sans formellement l’interdire.

Des progrès restent à accomplir, notamment pour harmoniser les décisions relatives à un même territoire : leur diversité reste source de désarroi pour les voyageurs, comme l’a illustré la desserte de Tel Aviv la semaine dernière. Les opérations de et vers l’aéroport Ben Gourion ont été interdites aux compagnies Américaines par la FAA, décommandées aux compagnies européennes par l’AESA, tandis qu’elles étaient jugées sures par les autorités Israéliennes.

 

Des informations mieux partagées

En définitive, ce sont peut-être les compagnies aériennes qui détiennent une partie de la solution, qui consisterait à partager les informations auxquelles certaines ont accès.

« Il apparait que certaines compagnies ont la possibilité d’avoir accès à de très bons conseils et renseignements en provenance des services de sécurité nationaux les plus puissants. Il n’est pas juste que certains pays puissent fournir une évaluation privilégiée des risques à leurs transporteurs tandis que d’autres sont laissés en danger » , constate l’ECA.

Malaysia Airlines avait d’ailleurs indiqué pour sa défense, après le crash du vol MH17, qu’elle « n’était pas un service de renseignements » , soulignant qu’elle ne pouvait pas savoir qu’il y avait en Ukraine des missiles capables d’atteindre ses avions.

Pourtant, si la compagnie Malaysienne avait eu accès à des informations que d’autres transporteurs détenaient, elle aurait été en mesure d’éviter le survol de l’Ukraine, laisse entendre le PDG d’IAG (qui réunit British Airways, Iberia, Vueling), Willie Walsh.

« Monsieur Walsh a dit que s’il avait montré ses informations à Malaysia Airlines, sa partenaire au sein de l’alliance Oneworld, cela aurait pu éviter la tragédie en Ukraine » , notait ainsi le Financial Times dans son édition du 2 Août. British Airways avait cessé de survoler l’Ukraine depuis Mars 2014, à l’instar d’une poignée de compagnies.

Une difficulté reste à surmonter cependant : il est vraisemblable que des restrictions seront imposées sur les renseignements que pourrait partager une compagnie aérienne avec d’autres, en raison de la nature confidentielle, voire militaire, des informations.

 

Un meilleur contrôle des armes anti-aériennes

Enfin, une dernière solution existe et elle consiste en un contrôle plus strict des armes anti-aériennes, depuis leur conception jusqu’à leur déploiement en passant par leur fabrication, notamment au regard de leur prolifération au sein de groupuscules non-gouvernementaux.

Pour l’IATA, la législation sur les armes anti-aériennes devrait s’inspirer des conventions existantes qui réglementent la fabrication et l’utilisation des armes chimiques, nucléaires ou biologiques.

« Je suis certain que sous l’autorité de l’OACI, nous pouvons trouver un moyen au sein des Nations-Unies pour augmenter la législation internationale qui s’assurerait que les Etats comprennent et acceptent pleinement leurs responsabilités à cet égard » , déclare le Président de l’association des transporteurs aériens, Tony Tyler.

Il n’y a « pas besoin de tout changer« , dit-il, mais « nous devons identifier et combler les fossés dans le système qui conduisent à des erreurs indicibles et des tragédies, même rarissimes« , conclue-t-il.

 

Le vol MH17 a été abattu le 17 Juillet 2014 avec 298 passagers et membres d’équipage à son bord, vraisemblablement par un missile sol-air lancé depuis une région de l’Ukraine où s’affrontent l’armée loyaliste et des rebelles pro-Russes. Les deux parties s’accusent mutuellement de la responsabilité de cette affaire.

A ce jour, l’enquête n’a pas réussi à déterminer formellement l’origine du missile même si les services de renseignements Occidentaux soupçonnent les rebelles d’être les auteurs du tir.

Le survol de la région est interdit depuis l’accident.

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