Ryanair, championne de l’aide publique Américaine

Michael O'Leary, PDG de Ryanair, embrassant un Boeing 737-800 NG

Michael O’Leary, PDG de Ryanair, embrassant un Boeing 737-800 NG

 

Ryanair aime battre des records mais il y en a un qu’elle n’a jamais annoncé : le montant des financements publics américains qu’elle a perçus à l’appui de ses commandes de Boeing équivaut à une année entière de son chiffre d’affaires.

 

Entre 2000 et 2013, Ryanair a reçu plus de 6 milliards de dollars US de financements en provenance de la banque Ex-Im, l’agence Américaine de crédit à l’exportation fonctionnant sur fonds publics (document 1).

Ce montant représente une année entière de son chiffre d’affaires annuel (4,9 milliards d’euros en 2013) ou encore 8 années de son bénéfice après impôts (569 millions d’euros en 2013).

La somme est largement supérieure à celle reçue sur la même période par Emirates et Etihad réunies, figurant aussi parmi les premières récipiendaires des financements d’Ex-Im (5,216 milliards au total).

 

les 20 premières compagnies aériennes bénéficiaires d'un financement de l'Ex-Im Bank (en valeur) - Source : Delta Air Lines

Document 1 : les 20 premières compagnies aériennes bénéficiaires d’un financement de l’Ex-Im Bank (en valeur) – Source : Delta Air Lines

 

Les largesses de la banque publique Américaine sont destinées à faciliter l’acquisition par Ryanair d’appareils neufs auprès de Boeing. Elles permettent à la low-cost Irlandaise de bénéficier de conditions de financement privilégiées, à des taux qui peuvent être presque deux fois moins élevés que sur le marché privé du crédit.

Ainsi, le tableau ci-dessous (document 2) a été dressé par Delta Air Lines pour établir qu’une autre championne des subsides de la banque Ex-Im, la compagnie Emirates de Dubai, a financé en 2012 l’acquisition d’appareils construits par Boeing au taux de 3,41% grace à Ex-Im, contre un taux de 6,17% pour des Airbus financés la même année sur le marché libre, évidemment sans le soutien de l’établissement public Américain.

 

Delta : les aides accordées par Ex-Im bénéficient aux compagnies étrangères - et se retournent contre les compagnies Américaines

Document 2 : comparaison des coûts de financement pour l’acquisition d’appareils neufs de Boeing et d’Airbus, respectivement avec et sans soutien de la banque Ex-Im. Source : Delta

 

Bien sûr, les Etats-Unis sont tout-à-fait fondés à soutenir financièrement les compagnies aériennes qui achètent des appareils produits par Boeing, même si la posture peut étonner de la part d’un pays qui, dans le passé, a souvent accusé Airbus d’être lui-même subventionné par les Etats Européens.

Réciproquement, du côté Européen, les acquisitions d’appareils produits par Airbus bénéficient aussi du soutien d’agences pour le crédit à l’exportation, notamment la Coface en France.

Ryanair, ou Emirates, ne sont pas coupables d’utiliser au mieux un système qui leur profite.

Mais le régime du crédit-export pour l’acquisition d’aéronefs, tel qu’il est défini par une série de traités internationaux signés dans les années 1980, est aujourd’hui devenu constitutif d’une distorsion de concurrence : les compagnies aériennes des Etats-Unis ainsi que celle basées dans un pays membre de l’Union Européenne où sont construits des aéronefs (« les pays Airbus ») ne sont pas autorisées à  bénéficier de crédits à l’exportation quand elles achètent des Airbus ou des Boeing.

Ainsi, Ryanair peut bénéficier de ce régime de financement quand elle achète des Boeing, parce qu’elle est basée en Irlande, où n’est construit aucun avion, contrairement à Easyjet (Britannique) ou Vueling (Espagnole), car la Grande Bretagne et l’Espagne sont des « pays Airbus », comme la France ou l’Allemagne.

De nombreuses voix s’élèvent aux Etats-Unis contre ce système inégal, qui se retourne aussi contre les compagnies Américaines qui voient leurs concurrentes du Golfe ou d’Asie bénéficier de subventions publiques Américaines pour acheter des avions qui viendront les concurrencer sans qu’elles-mêmes ne puissent bénéficier de ces mêmes conditions.

Mais en Europe, l’affaire passe relativement inaperçue.

Pendant ce temps, Ryanair peut continuer d’acheter des appareils dans des conditions inaccessibles à ses principales concurrentes.

A l’heure actuelle, Ryanair dispose d’une flotte exclusivement composée de Boeing 737-800 NG, avec 303 exemplaires en service.

La compagnie low-cost a passé une commande complémentaire portant sur 175 exemplaires en 2013.

D’après ses propres prévisions, son parc aérien comprendra 400 Boeing à la fin de 2014, et 500 en 2019.

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