Emirates annule sa commande de 70 A350 : une bonne nouvelle pour Airbus ?

L' Airbus A350 XWB MSN3 au moment de son vol inaugural. - © Airbus

Emirates annule sa commande portant sur 70 Airbus A350. Ici, le MSN3 au moment de son vol inaugural cet hiver. – © Airbus

 

Emirates annule sa commande auprès d’Airbus pour 70 appareils de la famille A350, d’une valeur supérieure à 20 milliards de dollars US au prix catalogue 2014. Revers commercial pour l’avionneur Européen ? Pas si sûr : Airbus pourrait finalement y trouver son compte.

 

Annoncée ce matin, l’annulation de la compagnie Emirati est certes une mauvaise nouvelle à court terme pour Airbus : le carnet de commande de son nouvel A350 se réduit d’un coup de 9%, aggravant le retard commercial de l’avionneur Européen face à son concurrent Américain Boeing pour le nombre d’appareils vendus depuis le début de l’année 2014.

La défection d’Emirates sera portée à la fin du mois sur les livres d’Airbus, mais avant même l’annonce surprise de ce matin, le constructeur de Toulouse avait vendu depuis le 1er Janvier presque deux fois moins d’aéronefs que Boeing et devra donc multiplier ses efforts pour atteindre ses objectifs pour cette année, et rattraper son retard face à Boeing.

De surcroît, la décision d’Emirates intervient à quelques semaines de la certification du modèle A350 attendue pour le courant du 3ème trimestre 2014. Elle s’ajoute à une série de mauvaises nouvelles pour l’avionneur, comme le nouveau report de la livraison des premiers A380 à Qatar Airways, cette fois-ci pour des « finitions inacceptables » selon la compagnie, ou encore à un nouveau problème détecté sur les portes du super Jumbo qui pourrait coûter cher à Airbus.

D’ailleurs, les marchés financiers ne veulent retenir que cette vision court-termiste : le titre Airbus perdait plus de 3% ce matin, mais limitait la casse cet après-midi (-2,39% vers 16h30).

John Leahy, directeur des ventes d'Airbus, ici lors de la communication des résultats de la compagnie en 2014 - © Airbus

John Leahy, directeur des ventes d’Airbus, ici lors de la communication des résultats de la compagnie en 2014 – © Airbus

« Une annulation de commande n’est jamais une bonne nouvelle« , admettait ce matin John Leahy, l’emblématique directeur des ventes d’Airbus.

Pour autant, l’avionneur exclut que la décision d’Emirates soit fondée sur les performances de l’appareil et évoque plutôt une modification de la stratégie de la compagnie de Dubai pour la composition de sa flotte :

« La décision fait suite à des discussions en cours avec la compagnie aérienne à la lumière d’un examen des besoins de sa flotte, comme en témoigne sa commande portant sur 50 A380 supplémentaires passée lors du dernier salon aéronautique de Dubaï ainsi que son intérêt continu pour ce programme« , indique Airbus dans un communiqué.

Il est vrai que la décision d’Emirates est loin de remettre en cause le programme A350 : avant même que l’appareil ne soit certifié ni mis en service, 742 exemplaires sont à livrer (en tenant compte de l’annulation d’aujourd’hui), un niveau de ventes « robuste« , estime l’avionneur.

Selon ses prévisions de marché pour les 20 ans à venir, Airbus estime à 4.000 exemplaires les besoins des compagnies aériennes pour ce type d’appareil bi-réacteur long-courrier, et dans ce contexte, l’avionneur ne devrait avoir aucun mal à remplacer les 70 exemplaires d’Emirates par de nouvelles commandes.

Surtout, Airbus pourrait sortir gagnant de la décision d’Emirates sur un plan financier : la compagnie avait pris position pour 50 A350-900 et 20 A350-1000 en 2007, au tout début du programme, au moment où elle pouvait obtenir une réduction de prix substantielle en échange d’une large commande pour un  appareil qui n’existait que sur le papier et qui n’avait pas encore fait ses preuves.

Aujourd’hui, le programme A350 suit son cours sans retard significatif avec des performances annoncées comme conformes aux prévisions, et Airbus peut espérer vendre maintenant le modèle avec des rabais bien moindres qu’en 2007.

« Les créneaux de production entre 2019 et 2023 libérés par l’annulation d’Emirates seront comblés par d’autres [compagnies]« , déclarait ce matin John Leahy, n’hésitant pas dire qu’ « il y a déjà une file d’attente de compagnies aériennes qui manifestent leur intérêt. Les prix se raffermissent, ils sont évidemment supérieur à notre prix de lancement.« 

La disponibilité d’un modèle est un des éléments clés de la décision des compagnies aériennes pour son acquisition, et les nouveaux créneaux disponibles renforcent l’attractivité de l’A350 pour le début de la prochaine décennie, face aux modèles concurrents de Boeing (787-9 et -10, 777X) déjà tous vendus pour cette période.

Reste à voir si les attentes d’Airbus et de son directeur des ventes se concrétiseront dans les mois à venir, mais si tel devait être le cas, l’avionneur n’aura pas perdu au change : la débâcle commerciale pourrait se transformer en avantage financier.

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Annexe : Airbus A350 XWB – les 15 principales commandes (hors options)

Airbus A350 XWB - 15 principales commandes

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