Après la disparition du vol MH370, comment Air France-KLM suit ses avions

Un centre de dispatching aérien - Photo Twitter

Un centre de dispatching aérien – Photo Twitter

 

Alors qu’aucune trace du vol MH370 n’a été retrouvée à ce jour, Air France explique comment de son côté elle suit ses propres avions depuis 2009. Des mesures complémentaires vont être prises. La compagnie entend partager son expérience avec l’industrie pour faire progresser la traçabilité des appareils et faire en sorte qu’une nouvelle disparition ne survienne à l’avenir.

 

L’accident du vol AF447 Rio-Paris le 1er Juin 2009, il y a cinq ans presque jour pour jour, aurait déjà dû sonner le signal d’alarme pour l’ensemble de l’industrie du transport aérien : l’appareil aurait pu sombrer au large des côtes Brésiliennes sans laisser de traces si Air France n’avait pas équipé ses aéronefs d’un système de transmissions d’informations automatisé (ACARS – Aircraft Communication Addressing and Reporting System), rapportant, outre  des renseignements techniques, la position géographique de l’avion.

La souscription d’un tel service reste optionnelle et parfois coûteuse en fonction du niveau et de la fréquence des informations transmises, et Malaysia Airlines n’est pas allée aussi loin que la compagnie Française dans le suivi de ses avions en vol.

« Air France a mis en place depuis 2009 un système de traçabilité de ses appareils particulièrement performant« ,

indique le groupe Air France-KLM, qui explique que les avions d’Air France transmettent leur position précise au centre de contrôle des opérations aériennes toutes les 10 minutes, contre 20 minutes en moyenne dans l’industrie du transport aérien.

L’intervalle du report automatique de la position passe de 10 à 1 minute seulement en cas d’écart anormal par rapport à la trajectoire initialement prévue.

Le groupe Franco-néerlandais a décidé d’instaurer cette procédure également pour KLM, dont les appareils seront équipés d’un système de report automatique de position à l’identique de celui d’Air France.

Il n’est pas certain cependant que même un système aussi sophistiqué que celui-ci aurait pu empêcher le Boeing 777-200ER de disparaître : tous les moyen de communication à bord de l’appareil ont été coupés une heure environ après son décollage de Kuala Lumpur, volontairement ou non, y compris le système ACARS.

 

Des enregistreurs de vol à l’autonomie prolongée

Cependant, le repérage de l’épave du vol MH370 aurait eu plus de chances de succès si le Triple-7 de Malaysia Airlines avait été doté d’enregistreurs de vols à l’autonomie prolongée, comme l’avait recommandé le Bureau d’Enquêtes et d’Analyses (BEA) Français après l’accident du Rio-Paris en 2009 (1).

« La flotte d’Air France est désormais équipée d’enregistreurs de vols (plus communément appelées « boites noires ») de type ULB (underwater locator beacon) disposant de 90 jours d’autonomie (au lieu des 30 jours réglementaires) pendant lesquels l’appareil peut être localisé à tout moment et dans le monde entier en cas d’immersion« ,

rappelle la compagnie, qui est d’ores et déjà en conformité avec la future réglementation Européenne proposée par l’EASA (Agence Européenne pour la Sécurité Aérienne).

> Sur ce sujet, lire : Disparition du vol MH370 : l’Europe tire les conséquences et ne veut plus de « technologies obsolètes » (07/05/2014)

Pour sa part, Malaysia Airlines s’en est tenue à la stricte application de la réglementation en vigueur et le 9M-MRO assurant le vol MH370 était donc équipé d’ULB disposant d’une autonomie limitée 30 jours. Les signaux des « boites noires » ont donc cessé d’émettre depuis la deuxième semaine d’Avril, mais seraient toujours détectables à cette date si la compagnie Malaysienne avait procédé comme Air France.

Au demeurant, le BEA ne s’était pas contenté, à la suite de l’accident du vol AF447, de préconiser le prolongement de l’autonomie des enregistreurs de vol, mais avait également recommandé une modification des fréquences de transmission (1).

Cette mesure aurait permis de faciliter l’identification des signaux acoustiques, et limiter les risques de confusion comme cela semble avoir été le cas pour le vol MH370.

> Sur ce sujet, lire : Vol MH370 : les signaux acoustiques n’étaient pas ceux de l’avion, les recherches interrompues pendant plusieurs mois, le doute grandit (28/05/2014)

A ce sujet, Air France-KLM dit étudier également la possibilité d’équiper ses avions d’un émetteur fonctionnant sur une fréquence plus facilement repérable lorsqu’il est immergé.

Enfin, le groupe Franco-Néerlandais manifeste de l’intérêt pour une proposition de la compagnie de télécommunication INMARSAT actuellement à l’étude. Celle-ci envisage la possibilité de s’assurer plus fréquemment (toutes les quinze minutes) du bon état de fonctionnement des communications entre l’avion et le réseau de communication par satellites de l’entreprise.

 

Air France-KLM participe aux travaux de l’IATA sur l’amélioration du suivi des avions en vol

L’expérience accumulée par Air France pourrait servir à l’ensemble du secteur.

Ainsi, le groupe Air France-KLM est représenté dans le groupe de travail « Aircraft Tracking », initié par l’Association Internationale du Transport Aérien (IATA) et entend être « un élément moteur de ce projet« .

Sous le contrôle de l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI), ce groupe de travail a pour vocation de proposer des solutions à long terme et harmonisées au sein des gouvernements en matière de suivi en temps réel de la trajectoire des avions commerciaux passagers ou cargo.

« En soutenant les initiatives de l’OACI et de l’IATA en matière de « Aircraft Tracking», nous entendons souligner la nécessité d’établir une position commune à l’ensemble de l’industrie du transport aérien sur le suivi en temps réel de la trajectoire des avions. Les nombreuses mesures que nous mettons déjà en place dans ce domaine sont efficaces et facilement applicables. Je souhaite que toutes les compagnies aériennes nous rejoignent dans notre volonté de faire avancer ce sujet majeur pour la sécurité aérienne »

conclut Alexandre de Juniac, Président-directeur général d’Air France-KLM.

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Notes et références :

(1) BEA : Opérations de recherches en mer – F-GZCP 1er juin 2009 / 05.11.2012 (page 69)

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> Plus sur la disparition du vol MH370

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