Air France prise en otage par les pilotes de ligne

Employés et métiers d'Air France © Air France

Employés et métiers d’Air France © Air France

 

Air France sera la principale victime du mouvement social lancé par un syndicat de pilotes de ligne, le SNPL, dont le préavis de grève déposé fin février a été confirmé hier lundi 28 Avril. Les grèves dureront pratiquement un mois. La compagnie refuse que ses clients soient « pris en otage« , selon ses propres termes.

 

Les opérations de la compagnie seront perturbées tous les jours du 3 au 30 mai prochain :

« Cette grève désorganisera le programme des vols d’Air France et empêchera les correspondances à Paris-CDG. Pour éviter cette situation et par respect pour ses clients, Air France sera contrainte d’annuler la plupart des vols des pilotes grévistes. Seul un nombre très limité de vols pourra être reporté« ,

explique la compagnie dans un communiqué, révoltée contre l’attitude du syndicat qui a choisi des tranches horaires pour sa grève « particulièrement pénalisantes pour Air France et ses clients » :

. un arrêt de travail de 5h45 à 7h45 désorganisera les premiers départs des vols moyen-courriers et, du fait de l’enchaînement des vols, le programme de vols de toute la journée.

. un arrêt de travail de 12h45 à 15h45, touchera la plus grosse plage de départs long-courriers de la journée, avec plus de 30 vols long-courriers programmés, sur 70 vols long-courriers quotidiens,

précise Air France.

La compagnie tient à expliquer qu’elle est totalement étrangère aux motivations de cette grève qui vise à modifier la loi Driard portant justement sur les mouvements sociaux :

« [Ce] texte juridique limitant la substitution de pilotes français par des pilotes étrangers, n’a, vous le savez, aucune pertinence pour Air France ni pour ses pilotes. Or, je dois constater que le mouvement tel que vous le prévoyez pénalisera surtout le Groupe Air France, premier employeur de pilotes de lignes français« ,

écrit le PDG d’Air France, Frédéric Gagey, dans une lettre ouverte adressée ce jour au Président du SNPL.

Car si le mouvement social prend en otages Air France et ses clients, il pourrait aussi porter un coup très rude aux finances de la compagnie, encore convalescente.

Outre les coûts liés aux annulations de vols et à la réorganisations des opérations, le mouvement social sera également préjudiciable à l’image de la compagnie.

« Les passagers Affaires n’attendront pas : ils choisiront nos concurrents », poursuit le PDG d’Air France qui parle d’une grève « auto-mutilatrice« .

Car le mouvement social intervient au plus mauvais moment pour Air France, qui se remet à peine de 6 exercices déficitaires.

Ses comptes commencent à se redresser et la compagnie poursuit une politique de montée en gamme dans toutes ses classes de voyage au prix de lourds investissements (un demi milliard d’euros).

Selon la compagnie, ce mouvement met en péril l’élan des transformations d’Air France.

« Il paraît inconcevable qu’une grève, dont les motifs n’ont rien à voir avec Air France, puisse enrayer cet élan« , conclut Frédéric Gagey.

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Lettre ouverte de Frédéric Gagey, président-directeur général d’Air France, à Yves Deshayes, président du SNPL National :

« Evitez le gâchis ! »

Roissy, le 29 avril 2014

Monsieur le Président du SNPL National,

J’ai choisi de m’adresser à vous par lettre ouverte, même si ma préférence va d’habitude aux échanges avec les organisations professionnelles d’Air France.

L’urgence de la situation exige cette alerte, car le préavis de grève du SNPL National, pour une période d’un mois (!), constitue pour tous les salariés d’Air France une véritable menace.

Je comprends certains des motifs d’inquiétude que vous exprimez, sur la nécessité de mettre en place des conditions de concurrence loyale et sur la charge que représentent les taxes et redevances supportées par notre groupe. Soyez sûr d’une chose : Air France et la FNAM défendent sans relâche les intérêts de notre profession auprès des décideurs publics, avec bien des succès sur lesquels nous nous devons d’être discrets et parfois des frustrations qui nous poussent à rouvrir les dossiers.

Votre démarche de conviction vous a permis d’obtenir des assurances du gouvernement sur des points majeurs de vos revendications : représentativité, facilitation du passage des filtres sûreté, lancement d’un groupe de travail sur l’économie du transport aérien.

La seule revendication non satisfaite, un texte juridique limitant la substitution de pilotes français par des pilotes étrangers, n’a, vous le savez, aucune pertinence pour Air France ni pour ses pilotes.

Or, je dois constater que le mouvement tel que vous le prévoyez pénalisera surtout le Groupe Air France, premier employeur de pilotes de lignes français.

En effet, les plages horaires choisies sont particulièrement perturbatrices : plage du matin pour les départs courts et moyen-courriers, plage du milieu de journée pour plus d’un tiers des vols long- courriers. Les passagers Affaires n’attendront pas : ils choisiront nos concurrents. Sur le long-courrier, nous ne pourrons pas courir le risque que nos passagers soient pris en otages dans des aéroports saturés.

Enfin, le niveau de désorganisation qu’entraînerait un recalage de nos vols serait intolérable pour nos salariés et pour nos clients.

Avec le mode opératoire que vous avez choisi, nous n’aurons pas d’autre choix que d’annuler des vols, malgré le coût pour la compagnie.

Air France est à un moment crucial de son redressement, porté par la persévérance de toutes les catégories de personnel et de leurs représentants, par une offensive commerciale et de communication renouvelées, par l’arrivée dans les jours prochains de nouveaux produits vol et par l’enthousiasme des équipes au contact des clients.

Après six années de pertes opérationnelles, l’objectif d’un résultat d’exploitation positif est enfin en vue pour 2014. Il est inconcevable qu’une grève, dont les motifs ne concernent plus Air France et ses pilotes, vienne enrayer cet élan.

La meilleure chose qui puisse arriver à Air France, ses pilotes, ses hôtesses et stewards, nos collègues des hangars, de la piste, des services clients, des services administratifs, est que cette grève auto-mutilatrice n’ait pas lieu.

Je vous remercie de votre attention.

Frédéric Gagey

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Un commentaire sur “Air France prise en otage par les pilotes de ligne

  1. La seule chose inacceptable dans cette affaire c’est que Cela fait trois mois que ce préavis est posé et qu’il ne s’est rien passé !

    Qui sont les « irresponsables » ? pour citer Mr Gaudin qui qualifiait ainsi le SNPL quand il se lamentait du départ de Marseille de Ryanair condamné par la justice française pour travail dissimulé …

    Ceux qui demandent que les compagnies Françaises puisse se battre à armes égales avec leurs concurrents sans que les efforts consentis par leurs salariés soient annihilés par des taxes Chirac, des redevances faramineuses à ADP ( dont l’état est majoritaire) , des charges sociales toujours plus pénalisantes et ce, Pendant que d’autres exploitants Anglais ou Irlandais s’y soustraient ?

    Ceux qui ne supportent plus que les procédures de sûreté soient plus contraignantes pour les équipages que pour les passagers ?

    Ou ceux qui préfèrent au dialogue le pourrissement ?

    Le sujet bloquant est pour le moment clairement l’aménagement de la loi Diard, alors que le gouvernement à toujours affirmé être d’accord avec la demande du SNPL de non remplacement des grévistes par des salariés en provenance de l’étranger, il essaie aujourd’hui de renier sa parole en prétextant ne pas vouloir rouvrir le débat loi Diard . Loi jugée à l’époque (2012) par le staff du candidat hollande  » liberticide » ….

    Lors de la dernière grève , 85% des pilotes d’Easy jet étaient grévistes , pourtant pas un vol n’a été impacté !

    Pourquoi ? Tout simplement en organisant avec un avion de la compagnie le « ramassage » de pilotes étrangers ne pouvant se soustraire à cette obligation .

    Et Mr Diard ose encore dire comme il l’a fait cet après-midi sur RMC quand il  » débattait » avec le président du SNPL que sa loi n’entame en rien le droit de grève ?

    Alors : Qui sont vraiment les irresponsables ?

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