Royal Air Maroc sur tous les fronts

Visualisation d'un B787-8 dont RAM a commandé 6 exemplaires © Royal Air Maroc

Visualisation d’un B787-8 dont RAM a commandé 6 exemplaires © Royal Air Maroc

Royal Air Maroc (AT) résiste aux assaults des compagnies low-cost, ré-oriente sa stratégie et monte en gamme.

Royal Air Maroc face aux compagnies « low-cost » Européennes

L’accord de « Ciel Ouvert » conclu avec l’Union Européenne en 2006 a permis aux compagnies du vieux continent d’accéder librement au marché Marocain, un avantage dont en premier lieu les compagnies low-cost ont su tirer profit. Pas moins de 18 y opèrent, notamment Ryanair (FR) qui a ouvert l’année dernière deux bases (Marrakech et Fès), mais aussi Jetairfly (TB), Easyjet (U2), Air Arabia Maroc (3O), ou Vueling (VY), laquelle vient d’annoncer le renforcement de ses opérations depuis Barcelone à partir de l’été prochain.

Le pays a largement bénéficié de la libéralisation de son espace aérien : la fréquentation touristique a fortement progressé, en ligne avec l’objectif initial. Mais la dérégulation du trafic a aussi engendré une érosion significative des parts de marché de la compagnie nationale, Royal Air Maroc, passées de 62% en 2003 à 45% en 2012, alors que son trafic doublait sur la même période, passant de 3 à 6,2 millions de passagers. En comparaison,  les compagnies low-cost représentaient 20% la même année, selon l’autorité de l’aviation marocaine.

Pour autant, Royal Air Maroc annonçait l’année dernière ses meilleurs résultats financiers depuis 20 ans, avec un bénéfice d’exploitation de 718 millions de DH (64 millions €) pour l’année 2012.

Au surplus, Royal Air Maroc, entièrement détenue par l’Etat, se montre déterminée à relever le défi que Ryanair et Easyjet ont lancé au gouvernement : la première menace de retirer, au 1er avril 2014, 30 lignes vers le pays en protestation contre l’augmentation des taxes aériennes, quand la seconde a annoncé son retrait effectif des routes Paris Charles de Gaulle – Tanger et Paris Charles de Gaulle – Fès, également au 1er avril. La réaction de Royal Air Maroc ne s’est pas faite attendre : le 22 Janvier, elle annonçait le renforcement de ses propres activités à Tanger comme à Fès, à compter de cette même date.

L’accord de « Ciel Ouvert » fonctionne dans les deux sens : Royal Air Maroc dispose d’un libre accès au marché Européen, un avantage dont elle aussi a tiré un certain parti, en retournant l’année dernière à Londres Gatwick (de 3 à 10 fois par semaine selon les saisons, avec la seule concurrence de la low-cost Air Arabia Maroc) et Zürich (3 fois par semaine, sans concurrence), deux destinations qu’elle ne servait plus depuis 2011. Toujours en 2013, Royal Air Maroc ouvrait également le marché Scandinave avec Stockholm et Copenhague, desservies 3 fois par semaine chacune, sans concurrence non plus. En revanche, le projet d’ouvrir une liaison vers Prague, prévue pour Février, puis Mars  2014, a été abandonné.

Au total, l’Europe occidentale représente environ 75% du trafic de Royal Air Maroc, son premier marché restant de loin la France.

Mais pour échapper à la pression des compagnies low-cost, diversifier ses opérations et profiter de la croissance des marchés émergents, la compagnie se focalisent maintenant vers un autre continent, celui dont elle est originaire, l’Afrique.

L’Afrique en ligne de mire

Royal Air Maroc a reçu son 50ème Boeing 737 NG en 2013. © Royal Air Maroc

Royal Air Maroc a reçu son 50ème Boeing 737 NG en 2013. © Royal Air Maroc

Si l’Europe représente les trois quarts de l’activité de Royal Air Maroc, l’Afrique génère 45% de son chiffre d’affaires, avec 850 000 passagers transportés (dont 148 000 sur la seule ligne Casablanca-Dakar, soit 18% du trafic Africain du transporteur). 80% continuent vers une autre destination à partir de son hub de Casablanca, selon la compagnie. L’aéroport Mohamed V se place au 5ème rang des aéroports Africains avec plus de 7 millions de passagers, derrière Johannesburg, Le Caire, Le Cap et Lagos. Royal Air Maroc opère environ 1 000 vols par semaine depuis Casablanca où 200 possibilités de correspondances sont offertes aux voyageurs chaque jour. De fait, Royal Air Maroc est devenue le 3ème transporteur entre l’Europe occidentale et l’Afrique, et le nombre de destinations servies sur ce continent a progressé de 14 à 30 en 6 ans, avec de nouvelles lignes en perspective.

> Lire notre article : Royal Air Maroc bientôt à N’Djamena (21/01/2013)

Il semble donc logique que la compagnie fasse porter ses efforts vers ce dernier continent, où le potentiel de croissance reste entier : avec 14% de la population mondiale, l’Afrique ne représente que 3% au plus du trafic aérien. Royal Air Maroc y soigne son image et vient de mener toute une série d’actions pour y contribuer.

> Lire notre article : Royal Air Maroc peaufine son image en Afrique et en Amérique (20/01/2014)

Mais ce sont surtout ses efforts en termes d’offre qualitative qui retiennent l’attention :

  • Ses Boeing 737 en exploitation sur le continent seront « dé-densifier » de quelques sièges (sans autres précisions) pour augmenter le confort
  • La possibilité d’enregistrer 2 bagages de 23 Kg chacun (au lieu d’un seul) sera offerte aux heures creuses
  • Les appareils seront progressivement équipés d’une connexion Wi-Fi
  • Le catering sera amélioré
  • Une attention particulière sera apportée à la livraison des bagages, un point faible de la compagnie
  • Enfin, une campagne de recrutement de cadres sub-sahariens sera lancée afin de diversifier les équipes et renforcer l’image Africaine de la compagnie, selon « le Matin ».

Ces mesurent seront mises en application tout au long de l’année 2014 et suivent celles entreprises en 2013, portant notamment sur le « retrofitting » (rénovation) de ses Boeing 767 longs-courriers : tous les sièges sont équipée d’un système de divertissement individuel (IFE). Ceux des Boeing 737NG et de son Boeing 747 ont également été améliorés.

Les cabines des Boeing 767 de Royal Air Maroc viennent d'être rénovées. - © Royal Air Maroc

Les cabines des Boeing 767 de Royal Air Maroc viennent d’être rénovées. – © Royal Air Maroc

Royal Air Maroc à la croisée des chemins

A l’alignement de l’offre sur les standards internationaux et à la diversification du réseau de la compagnie succède naturellement la question des alliances pour Royal Air Maroc.

L’Afrique demeure un marché à consolider, mais le grand jeu des alliances mondiales se met en place. Pour l’heure, c’est Star Alliance qui y tient la dragée haute, avec trois de ces membres parmi les principaux opérateurs du continent : South African Airways, Egyptair, et Ethiopian Airlines. Mais Skyteam abat ses cartes et n’a pas dit son dernier mot : Air France-KLM, de loin leader sur le marché Europe-Afrique, met en place une stratégie offensive, notamment grâce à la pléiade de compagnies dont elle détient des participations financières : la toute jeune Air Côte d’Ivoire ambitionne une rapide expansion, Air Cemac en Afrique Centrale est sur le point de naître, et surtout Kenya Airways, à l’Est du continent, autre champion Africain dont le groupe Franco-Hollandais détient presque 27% du capital, s’est dotée d’un ambitieux plan stratégique qui vise à doubler ses capacités d’ici à la fin de la décennie.

Royal Air Maroc, qui domine pour l’instant l’Afrique Occidentale, ne pourra pas indéfiniment repousser le choix d’un partenaire stratégique, sinon d’une alliance. Si la compagnie vient de renforcer ses liens avec Air France-KLM et sa filiale de maintenance (MRO) AFI KLM ME, d’autres options que le transporteur Européen lui sont offertes pour assurer son développement à long terme. Emirates (EK, « non-alignée »), Etihad (EY, qui constitue sa propre alliance), voire Turkish Airlines (TK, Star Alliance), lorgnent toutes trois sur le marché de l’Afrique du Nord et Occidentale. Des accords de partages de codes sont déjà en place entre Royal Air Maroc et chacune de ces trois compagnies, sans oublier Saudia (SV, Skyteam) qui fait cependant montre de moins d’ambition que ses consoeurs. Toutefois, c’est la grande absente du continent Africain qui pourrait faire les yeux doux à Royal Air Maroc : l’alliance OneWorld, qui y trouverait un partenaire de poids.

Si elle veut réussir son pari et garder son rang en Afrique, Royal Air Maroc devra à terme faire un choix.

© 2014 AirInfo.org – Tous droits réservés.

One thought on “Royal Air Maroc sur tous les fronts

  1. En fin de compte la RAM a su exploiter l’open sky. Contrairement la Tunisie déplore un constat lamentable concernant sa politique de transport aérien.

Comments are closed.