Au plus mal, Alitalia cherche à rassurer

Alitalia satisfaite de ses opérations internationales - © Alitalia

Alitalia satisfaite de ses opérations internationales – © Alitalia

Alors qu’elle vient de procéder pour assurer sa survie à une augmentation de capital de 300 millions EUR et à la mise en place de crédits bancaires de 200 millions EUR, la compagnie Italienne Alitalia (AZ) s’est contentée de publier hier 21 janvier 2014 les chiffres de son seul trafic passager international, au moment où le rapprochement annoncé avec la compagnie d’Abu Dhabi Etihad (EY) se fait attendre.

> Voir nos précédents articles sur Alitalia

Des chiffres qui se veulent rassurants

Alitalia est satisfaite : son dernier communiqué égraine une suite de bons résultats enregistrés sur son trafic international :

  • le nombre de passagers transportés progresse de 3,4% en un an à fin 2013,
  • le coefficient moyen d’occupation s’établit à 74,8% (+2% sur un an).

Les vols vers l’Amérique Latine, où Alitalia opère depuis l’Italie vers quatre destinations (Rio de Janeiro GIG, Sao Paulo GRU, Buenos Aires EZE, Caracas CCS) ont progressé de +3,6% par rapport à 2012. Le partenariat signé avec la compagnie aérienne Brésilienne GOL (G3) lui a permis d’accroître sa présence au Brésil, vers lequel elle a transporté 311 000 passagers, soit une augmentation de plus de 6 % par rapport à 2012. Elle sera en mesure de proposer des correspondances vers toutes les villes accueillant la prochaine Coupe du Monde de Football du 12 Juin au 13 Juillet 2014.

L’Amérique du Nord, où Alitalia a rejoint en 2010 la joint-venture transatlantique de Delta (DL), Air France (AF) et KLM (KL), a vu le coefficient d’occupation de ces vols augmenter de 1,6 % en un an pour s’établir à 81,6% en 2013.

Sur le réseau Européen, en dépit d’une situation macro-économique jugée  » délicate « , Alitalia a poursuivi en 2013 l’expansion de ses opérations avec de nouveaux vols depuis Rome (FCO) vers Prague (PRG), Bilbao (BIO), Copenhague (CPH), Cracovie (KRK), Montpellier (MPL) , Oran (ORN), London City (LCY), Podgorica (TGD), et depuis l’aéroport de Milan Linate (LIN) vers Vienne (VIE).

L’année écoulée, Alitalia a pu s’enorgueillir de transporter le pape François vers le Brésil, mais aussi d’avoir reçu deux récompenses internationales, l’une par le magazine Global Traveler pour sa cuisine à bord et l’autre par Saveur Magazine pour sa sélection de vins.

Alitalia dit aussi avoir réorganisé son hub de Rome Fiumicino (FCO) dès le mois d’octobre 2013. L’aménagement de nouveaux horaires permet davantage de correspondances, notamment pour les vols entre l’Amérique du Nord et les villes de province.

Le dernier communiqué de la compagnie ne dit mot en revanche de son trafic domestique, et encore moins de ses résultats financiers qu’elle publiera ultérieurement.

La décision d’Etihad se fait attendre

L’annonce par Alitalia de résultats positifs sur le marché international voudrait aussi convaincre les investisseurs de la pertinence de son plan industriel qui vise à accroître ses opérations longs-courriers, jugés plus rentables.

Elle coïncide aussi avec la déclaration la semaine dernière du Président d’Etihad, l’Australien James Hogan, en tournée en Europe :  » Etihad n’est pas là pour faire la charité« , a-t-il dit sans préciser à qui étaient destinés ces propos, pourtant reçus en Italie comme une douche froide. La réponse d’Alitalia tient dans ces chiffres : l’accent mis sur le marché d’Amérique Latine (où Etihad ne dessert qu’une seule destination) ainsi que sur l’expansion du réseau Européen (qui intéresse Etihad au premier chef), invite à penser que la compagnie Italienne cherche par tous les moyens à convaincre encore son cavalier blanc, mais pas que lui : elle s’apprête à solliciter de nouveau ses bailleurs de fonds.

Car Alitalia est à bout de souffle : les 300 millions d’euros provenant de l’augmentation de capital réalisée à la fin de de l’année 2013 ont été en grande partie absorbés par le remboursement des dettes en souffrance, notamment auprès du pétrolier Eni et de la société aéroportuaire de Rome (contrôlée par la holding Atlantia de la famille Benetton, qui figure aussi parmi les principaux actionnaires d’Alitalia).

Les 200 millions d’Euros en lignes de crédit accordées par les banques Intesa Sanpaolo et Unicredit ne suffisent pas non plus  pour assurer les besoins en trésorerie : Alitalia continue de perdre presque 1 million d’Euros chaque jour.  Le quotidien Il Sole 24 Ore estime que la compagnie Italienne annoncera plus de 300 millions d’Euros de pertes pour l’exercice 2013.

L’obtention de nouveaux crédits ne se fera pas sans mal cette fois-ci. Les banques demanderont davantage de garanties, et même chez Intesa Sanpaolo, nombreux sont ceux qui estiment que l’exposition au « risque Alitalia » est à son maximum.

Pendant ce temps, la direction de la compagnie doit aussi négocier avec les syndicats : son plan de licenciement portant sur 1 900 emplois sur les 13 500 du groupe passe mal. De cette mesure, Alitalia attend une économie d’environ 130 millions d’Euros. Le 17 Janvier, le syndicat USB a appelé à  » une grève générale dans le secteur contre l’état dramatique dans lequel sont plongés tous les salariés « .  Car pour ne pas arranger les affaires d’Alitalia, c’est toute l’industrie aérienne de l’Italie qui souffre : Merdiana (IG) va mal,  Blue Panorama (BV) est placé en redressement judiciaire, et l’autorité de l’aviation civile, l’ENAC, a suspendu ce week-end la licence de la petite compagnie Small Planet (S5).

Le succès de ce plan de licenciement pourrait être un préalable à une offre d’Etihad, qui aurait en outre posé d’autres conditions, notamment une restructuration de la dette, comme l’avait fait en son temps le groupe Air France-KLM.

En attendant, de ce qu’il a vu dans les comptes d’Alitalia, le transporteur d’Abu Dhabi n’a pas trouvé suffisamment d’éléments convaincants pour dire oui tout de suite à un mariage.

Le rapprochement qu’il vient d’opérer à la surprise générale avec l’Espagnole Air Europa (UX) pourrait le détourner plus longuement encore d’un dossier bien compliqué.

© 2014 AIrInfo.org – Tous droits réservés.

3 thoughts on “Au plus mal, Alitalia cherche à rassurer

  1. Pingback: Etihad : l’ultimatum donné à Alitalia « Air Info

  2. Pingback: Etihad : l’ultimatum lancé à Alitalia « Air Info

  3. Pingback: Alitalia : les banques commencent à rechigner « Air Info

Comments are closed.